(Le suivant texte a été écrit par le théosophe français Eugène Lévy ; j'ai
ajouté des sous-titres en bleu et mes commentaires en violet.)
Aussi a-t-on eu recours à ce funeste quiproquo qui tend à faire croire que Mme Besant et M. Leadbeater préparent cet adolescent à devenir une incarnation du Christ.
C’est avec un sentiment d’immense tristesse que nous penserons à toutes les victimes qu’a suggestionnées l’irrésistible éloquence de Mme Besant, à toutes ces âmes trop confiantes qui, sans s’en douter, reportent sur un autre personnage leur amour du Christ, qui ancrent leurs énergies de foi et d’espérance en un être qui n’est pas le Christ.
Quel qu’il soit, par le fait même qu’il est un autre, le suppléant sera foncièrement et radicalement indigne de ces hommages, car entre lui et ses adorateurs. il y aura le crime de captation frauduleuse inconsciente ou d’imposture préméditée.
Le livre « Aux pieds du Maître »
Cependant la parodie est déjà tristement annorcée. M. Krishnamurti a écrit, sous le nom d’Alcyone, un petit livre, — « de grande valeur » nous dit Mme Besant dans le Theosophist de janvier 1911 — intitulé « Aux pieds du Maître ».
Les enseignements qui s’y trouvent, déclare Mme Besant dans la préface, lui furent donnés par son Maître lorsqu’il se préparait à l’Initiation.
Dans un procès intenté actuellement à Mme Besant par le père d’Alcyone, celui-ci allègue d’ailleurs qu’il a des raisons de considérer ce livre comme une compilation émanant de M. Leadbeater. Son fils, dit-il, ne saurait écrire convenablement une lettre anglaise et est absolument incapable de produire un pareil ouvrage. Aussi pense-t-il que ces procédés menacent de faire dévier la nature morale de son fils, etc. (Plainte de J. Narayaniah devant la cour de Madras.)
Dans le traité en question on peut lire les lignes suivantes:
« Si tu vois quelqu’un contrevenir aux lois du pays, tu dois en informer les autorités. »
Sans aucun doute, dans tous les pays où résident des membres de l'Etoile d’Orient, la police se réjouira de ce renfort gratuit de collaborateurs convaincus. Mais il est à craindre que l’opinion publique ne méprise le prophète qui élèvera ainsi la délation, la dénonciation à la hauteur d’une institution religieuse. En France, dans tous les cas, on peut lui prédire un échec certain.
On objectera peut-être que c’est là, dans ce petit livre médiocre et inoffensif, la seule infraction grossière à la morale. Elle n’en restera pas moins significative. Nous savons qu’une seule dénonciation, même fortuite, dépréciera à nos yeux le caractère de son auteur.
Que penser alors d’un organisateur de dénonciations systématiques dont la cécité morale sera assez complète pour instituer ce système au nom de la morale la plus élevée!
En le faisant, il aura signé sa propre déchéance morale. Au reste, à ceux qui ne comprendraient pas, je suggérerais d’aller prendre des leçons de peinture chez un daltonien ?
Je ne pense pas vraiment devoir discréditer ici davantage encore l’Initiation vraie en discutant ce précepte. Ne fût-ce que pour protester contre le grave et constant abus du nom des Maîtres, il faudrait dire ici que Mme Besant, dans la préface de ce petit livre, non seulement leur impute de semblables enseignements, mais insiste tout particulièrement sur ce point.
« La plus grande partie de cet ouvrage —dit-elle— est une reproduction des propres paroles du Maître ; ce qui n’est pas reproduction verbale est encore la pensée du Maître enrobée dans les paroles du pupille. Deux phrases omises ont été rétablies par le Maître. Et dans deux autres cas, un mot oublié a été ajouté. »
Quel contraste avec les grandes traditions du mouvement théosophique, formulées par H.P. Blavatsky dans la Clé de la Théosophie :
« Nos meilleurs théosophes préféreraient de beaucoup que les noms des Maîtres n’eussent jamais paru dans aucun de nos livres. »
Et, plus loin :
« Je le répète, tout théosophe sincère regrette aujourd’hui, du fond du cœur, que ces notms sacrés aient jamais été mentionnés en public. »
Et ce serait le moment de dire, avec Mme Blavatsky :
« Les noms de deux d’entre les Maîtres ont été blasphémés de toutes sortes de manières. »
(p.400)
Que penser, en effet, de semblables « Maîtres », d’une semblable « Initiation » !
Mais quel est donc, en fin de compte, cet occultisme qui produit le mépris du vrai et la calomnie dans la vie quotidienne, la plus effroyable mystification dans le domaine de la clairvoyance, et provoque enfin notre répulsion unanime par des conseils de cette espèce ?
Cet occultisme a ses méthodes, comme toutes les Ecoles d’Occultisme ont les leurs, car l’occultisme consiste en un entraînement méthodique vers la connaissance des mondes supérieurs. Et lorsqu’une méthode donné de semblables résultats, n’est-il pas légitime de s’inquiéter de l’origine même d’aberrations aussi graves et aussi nombreuses ?
Dans une question d’une importance aussi capitale, gardons-nous cependant d’exprimer une « opinion ».
Ce que Leadbeater et Besant disent de la clairvoyance
Sur ce point comme sur tous ceux que nous avons examinés, nous citerons en témoignage les textes originaux, les appréciations de ceux-là même qui enseignent leur propre méthode. On sait que c’est M. iLeadbeater qui est le technicien de l’Occultisme d’Adyar.
Dans « l’Occultisme dans la Nature », en parlant des centres astraux dont l’épanouissement, nous le savons, développe la clairvoyance, il s’exprime en ces termes :
« J’ai entendu émettre cette idée que chacun des pétales de ces centres de force représente une qualité morale, et que le développement de cette qualité met le centre en activité. Je n’ai encore rencontré aucun fait qui confirme cette assertion, et je ne puis même voir comment cela pourrait être, puisque cette disposition est produite par certaines forces bien définies et très aisément reconnaissables, et que les pétales de chaque centre sont, ou non, actifs, selon que ces forces ont, ou n’ont pas, été éveillées; leur développement me paraît donc n’avoir pas plus de rapport avec la moralité que n’en a le développement du biceps. »
(p. 344)
Il sera intéressant de voir Mme Besant, dès les premières lignes de la préface de Man y Whençe, How and Whither, exprimer le même sentiment sur les rapports entre la clairvoyance et la moralité. « La clairvoyance n’est pas aujourd’hui universellement admise, ni même de façon quelque peu générale.
Cependant une minorité intelligente, sans cesse plus nombreuse, considère la clairvoyance comme un fait, comme une faculté absolument naturelle qui se généralise au cours de l’évolution. Ils ne la regardent pas comme un don miraculeux, ni comme Veffet d'une haute spiritualité, d'une intelligence élevée, ou d'un caractère pur, « ... Ils savent que c’est là un pouvoir latent en tout homme, susceptible d’être développé.»
Mme Besant partage donc entièrement, sur ce point, les vues de M. Leadbeater.
Maintenant, quelle est la méthode différente de la sienne a laquelle se rapportaient, tout à l’heure, les paroles de M. Leadbeater ?
C’est celle du Dr. Steiner. Le collaborateur et ami de M. Leadbeater, M. Van Manen, nous l’apprend dans le Theosophist de septembre 1910, p. 1634:
« Nous avons, au sujet de ces centres, deux enseignements différents: l’un (celui du Dr. Steiner) prétend qu’ils sont en rapport avec certaines qualités morales et intellectuelles; l’autre (celui de M. Leadbeater) affirme le contraire. »
Ainsi la calomnie, le sectarisme, le mépris du vrai dans la vie quotidienne, le spectacle d’aberrations de plus en plus graves dans le domaine spirituel, nous ont insensiblement dévoilé le ressort central de tous ces faits; le vice de la méthode.
Tout vraiment s’explique. M. Leadbeater a probablement raison, et l’on doit pouvoir développer, puisqu’il le dit, une certaine clairvoyance (il conviendrait d’ajouter: une clairvoyance inférieure, subalterne) sans faire concourir à ce développement un entraînement moral et intellectuel.
Mais qui oserait prétendre que le résultat obtenu sera exactement le même dans les deux cas? Qui soutiendra que, sans purification morale, nous aurons le sentiment moral qui nous dictera une conduite noble et belle, et qui nous fera haïr le mensonge? Qui viendra dire que sans un entraînement intellectuel ardu nous distinguerons, dans nos visions astrales, l’illusion de la réalité?
Il est logique, il est inévitable que les perceptions astrales, surgissant dans une âme entraînée à la clairvoyance à l’aide d’une semblable méthode, ne seront pas clairement comprises faute de discernement intellectuel; et cette âme sera le jouet de ces forces incomprises, si l’orgueil, ou toute autre passion humaine, y règne encore par suite d’une purification insuffisante.
Et si nous examinons à présent, en sens inverse au chemin parcouru, l’énoncé des faits que nous déplorons, en allant cette fois du centre à la périphérie, de la cause à reffet, nous percerons le secret de cette « Initiation », de ces préceptes de morale, de ces « Maîtres », de ce « retour du Christ », de toutes ces lamentables aberrations dans tous les domaines.
Nous comprendrons aussi cette persécution passionnée d’un enseignement divergent à l’aide de la calomnie, au détriment de la vérité : un entraînement occulte qui se déclare indépendant de la moralité au même titre que l’entraînement physique des biceps peut produire tout cela, et pis encore.
Assurément, Mme Besant et M. Leadbeater n’ignorent pas les dangers du développement occulte sans moralité. Mais c’est tout autre chose que de professer cette théorie, ou même de tendre à la moralité au cours du développement occulte, à Vaide de bonnes intentions et de généreuses aspirations, sans cesse évoquées en un langage pathétique, que de procéder au développement des centres à l’aide d'exercices expressément organisés de façon à faire intervenir la pratique même de la morale et de la vérité et Veffort logique dans le nombre des facteurs énergétiques déterminant la réorganisation des corps subtils qui produit la clairvoyance.
C’est cette particularité de la méthode du Dr. Steiner qu’ont relevée M. Leadbeater et M. Van Manen dans les passages ci-dessus rapportés. C’est sur ce point qu’existe entre les deux méthodes une divergence de principe fondamentale, dont il est impossible d’exposer ici par le détail les conséquences directement opposées et pratiquement illimitées.
Il n’est pas difficile d’établir les caractéristiques des attitudes distinctes qui résulteront nécessairement de la pratique de ces deux méthodes.
Celle qui dissocie les aspirations morales et intellectuelles du développement occulte et tente de les cultiver séparément n’entraînera pas de progrès moraux, puisque la nature profonde n’est pas transmuée. Mais cette méthode produira en revanche une véritable débauche de phrases évoquant ces aspirations.
Car au lieu de pénétrer, au moyen d’exercices appropriés, dans les couches profondes de l’âme, ces aspirations surnageront pour ainsi dire constamment à la surface de la conscience. Leur présence y produira une sorte d’ivresse psychique provoquant parfois, chez l’occultiste, une idée tellement élevée de sa stature morale et intellectuelle, qu’il sera capable de se prendre pour un saint pendant qu’il accomplira les actes les plus méprisables.
Pendant ce temps, en effet, la moralité dans l’action montrera une régression parallèle très notable, si nous la comparons à la conduite antérieure au développement. Car celui-ci multiplie et intensifie toutes les tentations: tous les occultistes sont d’accord sur ce point. Il réclamerait ainsi un accroissement de moralité agissante, si l’on veut éviter un déséquilibre redoutable.
L’autre méthode produira l’effet inverse. La sobriété dans l’invocation publique de principes moraux et de devises intellectuelles s’accentuera à mesure que les résultats même de l’entraînement occulte auront révélé le seul sens vrai de l’effort moral et mental, entièrement stérile tant qu’il reste l’objet de dissertations déclamatoires, fécond seulement lorsqu’il est incorporé aux actes. Voici ce qui semble devoir résulter de chacune de ces deux méthodes si nous consultons leurs procédés.
Les faits justiflent-ils ces prévisions?
Ceux qui sont exposés dans cette brochure répondent affirmativement. On trouvera partout, chez Mme Besant et M. Leadbeater, sous la façade théorique de hautes aspirations morales et intellectuelles, la réalité d’une chute morale ou intellectuelle positive.
On parle avec emphase de « liberté de pensée » et l'on prêche, nous l’avons vu, la véritable désertion intellectuelle, en conseillant l’obéissance aveugle à « la moindre indication tombant des lèvres de Mme Besant, et l’entière soumission à ses instructions « quelles qu’elles soient », « qu’on les comprenne ou non ».
Et Mme Besant, après s’être livrée à l’égard du Dr. Steiner et de la Section allemande, au nom de la liberté de pensée, à la persécution la plus atroce, après avoir foulé aux pieds les principes de la morale exotérique et ésotérique, prononce ces paroles touchantes:
« Je vous en prie, vous qui m’aimez, ne souillez pas de haine votre amour. Vous ne rendrez pas outrage pour outrage, ni insulte pour insulte. Montrez à ces intolérants la tolérance qui est l’un des « six joyaux » des « qualifications ». S’ils haïssent, vous, vous enverrez plus d’amour. S’ils insultent, vous, vous pardonnerez. S’ils outragent, vous, vous bénirez. »
(Theosophist, mars 1913, p.809)
(La note émotionnelle n’émane pas du traducteur. Voici le texte original: « Do not, I pray you who love me, pollute your love with hatred. Do not return railing for railing, nor reviling for reviling. Show to these intolérant ones the tolérance which is one of the « Six Jewels » of the « Qualifications ». If they hâte, do you send out more love. If they insult, do you pardon. If they revile, do you bless. »)
Tous savent que rien ne serait plus facile que de multiplier les exemples. Chaque conférence de Mme Besant, chacun de ses articles du Theosophist ne renferment-ils pas des passages où elle invoque de façon émouvante les beautés morales, les perfections intellectuelles ?
On le voit, les fruits sont entièrement ceux que faisait prévoir la nature du germe: les dangers terribles de cette méthode ne sauraient être niés ou méconnus. Aussi soyons bien résolus de ne pas prêter une oreille complaisante aux discours ensorceleurs qui, dans cette école, se substituent tout naturellement à l’acte probe et droit, et détournent ainsi l’attention de la laideur morale des actes commis. Le proverbe a bien raison qui dit que le chemin de Tenfer est pavé de bonnes intentions.
Sans en étendre le sens, on pourrait ajouter que ce chemin retentit encore d’acclamations éperdues vers le plus haut idéal intellectuel, et de la pathétique invocation de ces fameuses « bonnes intentions » elles-mêmes.
Si nous désirons éviter tous ces pièges, nous fermerons notre cœur aux accents sentimentaux exaltant sans cesse de pures et belles « intentions » morales.
Nous demanderons des actes moraux. Seuls les actes démontrent la moralité, non les formules attendrissantes quHmprovise sans effort le talent littéraire ou oratoire, La proclamation incessante de la liberté de pensée, de la fraternité humaine, ne saurait nous impressionner lorsque les actes de ceux qui s’y complaisent asservissent la pensée, persécutent le mérite, tentent d’empoisonner les âmes par de frivoles et trompeuses proclamations spirituelles.
Résolument, implacablement, nous leur dirons: Assez de déclamations, assez de phrases pompeuses. Agissez moralement. Le mal que font vos actes, vous le centuplez en éblouissant, en aveuglant vos \nctimes par l’éclat de vos prestigieux discours.
C’est un pénible devoir que d’insister sur ce point avec autant de détermination.
Mais lorsque nous envisagerons à présent les conséquences de la méthode Leadbeater sur la mentalité du clairvoyant, nos avertissements, en présence de ces ravages encore plus formidables, ne paraîtront pas exagérés.
Nous savons que les régions supérieures des mondes invisibles sont celles où l’état « conscient » se traduit en tout premier lieu par les sensations les plus intenses de beauté morale.
Puisqu’il en est ainsi, une culture de la clairvoyance, dissociée de la culture morale, ne saurait jamais atteindre qu’une clairvoyance dans les domaines inférieurs du monde astral. Les régions astrales supérieures et le monde dévachanique lui resteront infailliblement fermés.
De même qu’un daltonien, sans être aveugle, ne pénètre pas le monde des couleurs terrestres par suite d’une infirmité des organes visuels physiques, les organes de clairvoyance développés à l’aide de certaines méthodes seront aveugles à la silhouette morale des mondes subtils et seront ainsi retranchés de tout leur contenu véritablement spirituel.
Leur champ d'expérience sera limité aux régions inférieures du plan astral. Et ce sont ces visions subalternes, conscientes le plus souvent en raison de leurs affinités avec les éléments non encore purifiés des véhicules de rinvestigateur, qui seront présentées comme les figures les plus sublimes des mondes supérieurs.
Car ce clairvoyant est dépourvu de la haute moralité qui est le moteur « sympathique » guidant nos corps subtils vers des Entités véritablement spirituelles. Privé du terme de comparaison que celles-ci constituent, il sera la victime de toutes les illusions d’un monde qui en est la véritable patrie, puisque les erreurs humaines n’en sont que le faible reflet.
Et comme le sens de la responsabilité, qui est d’essence essentiellement morale, lui fera également défaut, il n’éprouvera aucun scrupule à faire partager ses illusions à tous en divulguant ses expériences chimériques, d’autant moins d’ailleurs que les puissances dont il devient le jouet l’y poussent irrésistiblement.
Ne sont-elles pas, en effet, les adversaires même du plan divin de l’Evolution, les créateurs et les propagateurs universels de l’Erreur et de l’Immoralité ?
Nous aurons ainsi évoqué, dans leurs grandes lignes théoriques, les répercussions incalculables que le vice de la méthode Leadbeater introduit dans la vie intérieure, dans les paroles et dans les actes de ceux qui lui abandonnent leur âme et en deviennent les zélateurs convaincus.
(Eugène
Lévy considère que Leadbeater et Besant son des voyants déficients, mais
en réalité Leadbeater et Besant n'étaient pas du tout clairvoyants ; leur clairvoyance n'était que pure fantaisie erronée.)
Le scandale d'immoralité de Leadbeater
L’exposé des inéluctables effets de cette méthode nous a fourni l’interprétation intégrale des fautes et défaillances de toutes sortes relevées chez Mme Besant, qui en est le plus fervent protagoniste. La physionomie réelle des faits accomplis nous est apparue tellement conforme au déterminisme théorique des conséquences impliquées dans la méthode qu’on eût pu, en quelque sorte, prévoir ces faits avec une certitude scientifîque: c’est ce qui, en effet, est arrivé, ainsi que nous allons le voir.
On se rappelle « l’affaire Leadbeater » qui, en 1906, avait soulevé une réprobation morale unanime au sein de la Société Théosophique et bien au-delà de ses frontières. Cette affaire avait fourni au Dr. Steiner l’occasion d’étàblir, entre ses méthodes et celles de M. Leadbeater, une distinction identique à celle que nous signalaient tout à l’heure MM. Leadbeater et Van Manen.
Voici un extrait de la circulaire envoyée alors (en mai 1906) aux membres de la Section allemande par le Dr. Steiner :
« Je puis parler d’autant plus librement de cette affaire Leadbeater qu’il m’a toujours semblé nécessaire de repousser les méthodes qui lui octroient ses connaissances occultes et dont il préconise la diffusion.
L’Occultisme que je représente m’impose ce point de vue. En l’exprimant, je ne me prononce ni pour ni contre l’exactitude de ce que M. Leadbeater présente comme vérités occultes. En occultisme, un petit nombre de connaissances peuvent être acquises à l’aide de méthodes dangereuses, favorisant à tout moment certains égarements.
(J’ai cru devoir demander au Dr. Steiner si son attitude à l’égard des écrits de M. Leadbeater ne s’était pas modifiée depuis la rédaction de cette circulaire. Il m’a répondu que les ouvrages de M. Leadbeater parus depuis sortaient complètement du cadre restreint des renseignements exacts se trouvant à la portée de son système d’investigation.)
Je me vois ainsi contraint de ramener le cas Leadbeater à ses causes profondes, et je dois déclarer que personne ne saurait se garantir contre l’éventualité de graves aberrations en adoptant les méthodes employées pour son travail occulte par M. Leadbeater. Ce point de vue de principe étant le mien, le cas Leadbeater ne m’a causé aucune surprise.
Mais je ne pense pas que ceux qui approuvent les procédés d’investigation de cet occultiste aient le droit de le condamner en ce moment. Ou bien la circulaire envoyée aux membres devait stipuler clairement que les charges établies contre M. Leadbeater sont étrangères aux choses de l’occultisme, ou bien elle entraînera l’écroulement de tout son système occulte. Quant à moi, je suis entièrement fixé sur ce système ; aussi ai-je exposé ici mon point de vue pour suppléer à l’absence d’une déclaration officielle dans la note exécutive. »
Notre démonstration théorique avait correspondu avec précision à la configuration des faits. Cette circulaire, parue en 1906, ne fournit-elle pas une preuve nouvelle et irréfutablement concluante de l’exactitude absolue des appréciations que nous avons formulées ?
Voici cependant d’autres faits encore qui équivalent à d’éloquentes confirmations.
Besant réintègre Leadbeater au sein de la Société théosophique d'Adyar
Démissionnaire de la Société Théosophique en raison de cette affaire, M. Leadbeater y est, depuis, rentré à nouveau, sur l’initiative de Mme Besant. Et « l’insouciance » morale que développe l’occultisme de M. Leadbeater chez ceux qui s’y abandonnent surgit à nouveau à propos des incidents qui entourèrent cette rentrée. M. Steiner avait refusé de voter en faveur de la réadmission de M. Leadbeater ; il s’était abstenu du vote.
Comme le vote tendait à « inviter » M. Leadbeater à redevenir membre de la Société, l’abstention était suffisante, si elle se généralisait, pour empêcher M. Leadbeater de reprendre sa place.
En raison de la forme même de la question sollicitant le vote, l’abstention renfermait une réponse plus correcte que le vote négatif, sans en comporter le caractère offensant. Elle était claire et efficace, la passion agressive y était remplacée par une nuance délicate de fraternité humaine que tous ceux qui comprennent le véritable occultisme se réjouiront d’y rencontrer.
Mais Mme Besant ne l’entendit pas ainsi. Elle répondit au Dr. Steiner qu’elle interprétait son vote comme favorable à la rentrée de M. Leadbeater, puisqu’il n’était pas négatif. Et le Dr. Steiner dut expédier à Adyar une longue dépêche pour éviter que son vote ne figurât, dans les délibérations du Conseil général, comme favorable à la rentrée de M. Leadbeater.
Mme Besant insista encore une fois en répondant par télégramme: « Vous êtes le seul Secrétaire général agissant ainsi ». Cette affirmation était fausse, car le Secrétaire général de la section Scandinave s’était également abstenu du vote.
En fin de compte, tout cela n’empêcha pas Mme Besant, dans sa biographie de M. Leadbeater (Theosophist nov. 1911, page 310) d’écrire « qu’un vote unanime des Secrétaires généraux des Sections de la Société, dans le monde entier, invita » M. Leadbeater à rentrer à nouveau dans la Société Théosophique.
C’est ainsi qu’on rencontre, de quelque côté qu’on regarde, les effets désastreux de l’occultisme d’Adyar: le sens même du mot Vérité semble avoir disparu.
(À
cette époque, il n'y avait plus de véritable ésotérisme au sein de la
Société Théosophique d'Adyar, mais beaucoup de charlatanisme promu par
Leadbeater et Besant.)
Le manque de moralité de Leadbeater
Les méthodes, les principes de M. Leadbeater ont-ils changé depuis qu’il a repris son rôle d’instructeur parmi nous?
Il nous renseigne lui-même sur ce point dans une lettre écrite après « l’affaire » sur la demande expresse de Mme Besant de « définir sa position », au moment où elle inaugurait la campagne bien connue en faveur de sa réadmission. (Theosophîst, février 1908.)
« Vous me demandez —dit M. Leadbeater— de vous écrire une lettre précise que vous puissiez montrer au besoin, exposant mon point de vue actuel au sujet du conseil que je donnais il y a quelque temps à certains jeunes garçons. Je n’ai guère besoin de dire que je maintiens ma promesse de ne pas répéter ce conseil, car je me range à votre avis qui le croit dangereux. Je reconnais aussi pleinement que vous-même qu’il le serait s’il était généralisé (promiscuously given), et je n’ai jamais songé à le donner ainsi. »
Dans cette déclaration, M. Leadbeater reconnaît d’abord le danger de son conseil, puis rétracte aussitôt cet aveu par des réserves qui en affirment l’innocuité dans les cas qu’on lui reproche. Il n’a donc pas changé d’avis.
Mais le fait capital, c’est qu’il ne parle que de « danger », et nullement d’ « immoralité ». Son point de vue moral antérieur à l' « affaire » subsiste donc sans altération, après comme avant l'affaire.
Et quel est ce point de vue?
L'hypocrisie de Besant
Mme Besant l’apprécie ainsi, dans une lettre de juillet 1906 (Théosophical Voice, Chicago, May 1908):
« M. Leadbeater parut devant le Comité de la Section britannique; des représentants des Sections françaises et américaines étaient présents et votaient.
Le colonel Olcott présidait. M. Leadbeater ne nia aucune des charges proférées contre lui; au contraire, en répondant à certaines questions, il les aggrava considérablement, car il déclara avoir lui-même...*
Ainsi le conseil de...* installait en réalité des idées corrompues dans l’esprit de garçons innocents de toute impulsion sexuelle... Il était concevable, ainsi qu’on le supposait, que le conseil en question avait été donné dans une intention pure; cette présomption s’imposait à y égard d’un précepteur de morale théosophique; toute autre idée paraissait incroyable.
Mais le conseil qui fut en réalité donné, une intervention de ce genre auprès de jeunes garçons, avant l’éveil de l’instinct sexuel, ne pouvait avoir été donné dans une intention pure que par un être atteint, sur ce point, d’aliénation mentalle.
Je désirerais mettre bien en évidence mon opinion sur cet enseignement. Je déclare qu’il mérite la plus sévère réprobation, même s’il s’adressait à des hommes, et raison de plus lorsqu’il s’agit d’innocents enfants. Il déforme et pervertit l’impulsion sexuelle, implantée dans l’homme en vue de la préservation de la race ; il dégrade les idées de mariage, de paternité et de maternité, qui sont l’idéal humain le plus sacré ; il corrompt l’imagination, souille les émotions et mine la santé. Mais ce qu’il y a de pire, c’est que tout cela puisse être enseigné au nom de la Sagesse Divine, étant, au contraire, essentiellement terrestre, sensuel, diabolique. »
(* Ici des détails que nous préférons passer sous silence.)
Mme Besant jugeait alors l’immoralité de M. Leadbeater assez grave pour qu’un dérangement mental seul lui semblât pouvoir atténuer sa responsabilité. Et pourtant, la promesse contenue dans la lettre que nous avons citée, et qui n’exprime aucun repentir moral, ni même la plus légère préoccupation de cet ordre, a suffi à Mme Besant pour ramener au sein de la Société un Instructeur qu’elle avait ainsi jugé !
Peut-on demander une preuve plus définitive de l’anarchie morale que développe cet Occultisme ?
Le père de Krishnamurti demande à Besant en justice
Un procès récent, intenté par les parents du jeune Krisihnamurti réclamant leur enfant, évoque une fois de plus la question morale, meme si nous écartons tous les anciens sous-entendus qui surgissent à nouveau et qui raniment l’ancienne « affaire ».
En effet, l’instance pendante formule nettement l’accusation de débauche, appuyée de témoignages. Nous n’avons pas à examiner la valeur de ces témoignages, puisqu’une question de morale toute différente se dresse préalablement.
Quelles raisons, dignes de figurer dans un code de morale élevée, peut-on opposer à un père réclamant, sous de pareilles accusations, ses enfants mineurs à la femme à qui il les a confiés ?
Aucun contrat écrit ne saurait prévaloir contre cette demande, dès l’instant où un père de la caste des Brahmines, qu’on a jugé digne de remplir les fonctions de secrétaire-correspondant adjoint de l’Ecole Esotérique jusqu’au moment où éclatèrent les difficultés, exprime sa méfiance en formulant cette demande. La seule attitude digne et droite sera de rendre les enfants à leur père, immédiatement et sans discussion.
Peu importe, dans une affaire de cet ordre. que les tribunaux anglais donnent tort ou raison à Mme Basant. Peut-être se laisseront-ils impressionner par la défense de Mme Basant qui, pour obtenir que les enfants ne soient pas rendus à leur père, demande à la Cour « qu’elle protège ces deux garçons contre le renouvellement d’influences qui leur feraient haïr les Anglais au lieu de les aimer ainsi qu’ils le font à présent, et qui en feraient de mauvais citoyens ». (Page 9 de la défense présentée par Mme Basant à la Cour et publiée par elle-même.)
Dans un pareil débat, cette spéculation sur les passions politiques des juges est bien imprévue, bien singulière. et, hélas, bien significative.
On conçoit sans peine qu’un esprit capable de jeter dans la balance un argument politique dans une affaire de mœurs sera forcément insensible à la question de respect humain qui domine tout ce procès. Mais la conscience occidentale sera inévitablement du côté des parents et partagera leurs souffrances et leur émoi en évoquant la nature de leurs griefs, l’ancienne « affaire » Leadbeater, et leurs appréhensions pour l’avenir.
On perçoit nettement, dans tous ces actes, une déformation chronique du point de vue moral, déformation d’autant plus grave que la morale ésotérique ne saurait être autre chose qu’une extension, un raffinement, une exaltation de la morale exotérique, et en aucun cas son déclin, sa dégradation, ou sa négation.
Et si nous désirons nous rendre compte à quel degré cette conception de la morale peut s’égarer sous certaines influences, nous n’aurons qu’à écouter Mme Besant dire de M. Leadbeater (Theosophist, novembre 1911, page 308): « .Par son labeur patient et ardu, il a conquis des récompenses.jusqu’à ce qu’il se tint debout « sur le seuil de la Divinité ».
Cette conception de la « Divinité », qui devrait être la plus haute expression de la moralité, n’a pas davantage besoin de commentaire, semblerait-il, que cette « déification » publique d’un occultiste par son collègue.qui reconnaissait encore cinq ans auparavant que les enseignements étaient assez immoraux pour suggérer l’idée d’un dérangement mental.
Une simple citation suffit. Et cependant, comment ne pas se rappeler ici les propos irrités de ce « nouveau » Dieu contestant la réalité de la Vie et de la Mort d’un Dieu véritable, comment oublier ses conseils diamétralement opposés à ceux du Bouddha?
On comprendra peut-être un peu mieux toutes ces choses en se souvenant que cet occultiste, s’il contredisait le Bouddha, déifiait en revanche à son tour Mme Besant, ou à peu près... Il se peut qu’en considérant cet échange de bons procédés on comprenne même très bien, et sans effort, le sens de ces « déifications »...
Conclusion
Nous venons d’assister aux fautes les plus graves peut-être qui furent jamais associées à des questions d’un ordre aussi élevé, tellement élevé qu’elles imposaient à tout occultiste sérieux un redoublement de sens critique, une sévérité morale exceptionnelle, une pieuse et solennelle véracité.
Mme Besant, au contraire, en restituant à M. Leadbeater son ancienne influence sur elle-même et sur les destinées de notre Société, a fait preuve d’une vigilance morale et d’un discernement intellectuel insuffisants à l’égard d’une méthode dont elle devint ainsi la première victime.
Et les contradictions frivoles qui pénétrèrent par là dans son message spirituel, l’insouciance absolue de la vérité qui s’en suivit, lui dictèrent des paroles et des actes entraînant cette fois un nombre incalculable de victimes, trompées par leur noble confiance en Mme Besant. Sa responsabilité est, en vérité, tout à fait effroyable.
Et cependant, ne pensons à elle qu’avec amour et pitié car elle n’a pas voulu le mal, elle en est elle-même Taveugle et malheureuse victime, dont le discernement et le sens moral semblent avoir péri dans cette lamentable aventure.
Cherchons à réparer pour e'ile tout ce qui, dans le milieu où se meut chacun de nous, peut-être réparé encore — car le désastre est grave.
Pour nous tous qui sommes dans le rang et qui n’encourons pas une responsabilité aussi écrasante que notre Présidente, une grande leçon se dégage de ces faits, un grave devoir surgit.
A travers ces épreuves, nous avons appris qu’aucun compromis n’est possible avec la vérité ; la mépriser dans les faits exotériques de la vie quotidienne, ratifier les inexactitudes qui la déforment, c’est s’exposer à accueillir les pires erreurs dans le domaine des recherches ésotériques, qu’il s’agisse de notre propre clairvoyance ou de l’acceptation des résultats de recherches étrangères.
C’est pour nous une certitude, plus inébranlable que jamais, que les vérités spirituelles restent cachées à ceux dont le cœur n’est pas pur, dont la volonté n’est pas droite. Nous comprenons maintenant l’échec fatal de Mme Besant en parcourant les enregistrements du monde spirituel à la recherche du Christ vrai, nous comprenons toutes ses erreurs et toutes ses fautes. Et notre douleur elle-même se transmuera en une impulsion consciente vers le culte exclusif et passionné du Vrai.
Riches de ces expériences, nous abandonnerons tout plutôt que la vérité, car si nous la trahissions, nous aurions trahi non seulement la Société Théosophique et son idéal, mais l’humanité tout entière, puisque nous croyons fermement que notre Société est le levier de ses progrès spirituels.
Dérfînitivement éclairés sur la portée du dilemme qui oppresse notre conscience, nous entendrons le devoir parler haut et ferme. Si nous nous solidarisons avec Mme Besant par une loyauté aveugle s’inclinant devant tous ses actes, applaudissant à toutes ses paroles, nous aggraverons encore son Karma, déjà si lourd, de tout le poids du nôtre et de la ruine morale de la Société Théosophique, à laquelle nous aurons ainsi contribué.
Si, au contraire, scrupuleusement fidèles à notre idéal de vérité et de beauté morale, nous comprenons qu’il est de notre devoir de proclamer cette fidélité en protestant hautement contre les tristes défaillances aux-queilles nous assistons, nous aurons littéralement volé au secours de Mme Besant.
Son être éternel, son être vrai nous en sera reconnaissant, et nous aurons fait de notre mieux pour sauver une oeuvre qui nous est chère par dessus tout —l’œuvre théosophique dans le monde— qui court le plus grand péril, qui court à sa perte.
Et c’est ainsi qu’après de longues années d’enthousiastes suffrages, j’en suis venu à considérer l’activité de Mme Besant —et celle aussi de M. Leadbeater, cela va sans dire— comme un ferment de destruction, de décomposition au sein de la Société Théosophique Non pas que sa prospérité extérieure sur le plan physique n’apparaisse menacée : nous savons tous d’ailleurs qu’elle ne traduit nullement la puissance effective, la vigueur vraie de notre Société. Ce qui s’étiole, ce sont les forces vives, la sève spirituelle qui lui permettaient de remplir sa mission dans le monde. Ces énergies ne jaillissent que d’une seule source : de la Vérité — la devise de la Société Théosophique nous le dit bien.
Quand les yeux de Mme Besant se tournent vers les splendeurs de la Rome papale, vers la richesse de ses églises et le nombre de leurs fidèles elle pense que la puissance spirituelle n’est pas en fonction fdu décor et de l’organisation extérieurs. De même, l’essor d’Adyar et le nombre, quelque considérable qu’il soit, des membres de la Société Théosophique ne comptent pas, hélas ! lorsqu’on envisage la valeur spirituelle de notre Société.
Seul le culte sacré de la Vérité justifie le présent et garantit l’avenir. En dépit de la prospérité extérieure la plus rassurante, la Société Théosopbique, si son idéal n’est pas respecté par ceux qui dirigent ses destinées, peut courir à l’effondrement spirituel. Elle peut meme, hélas ! en traverser l'effroyable expérience pendant qu'Adyar voit se multiplier ses machines à imprimer ultra-modernes, ses édifices et ses jardins, pendant que son autorité s'étend sur un nombre grandissant drames dociles.
Et l’on ne peut se défendre d’une inquiétude croissante en voyant Mme Besant, dans ses articles mensuels du Theosophist « On the Watch Tower », signaler inlassablement, avec une satisfaction si considérable et si visible, les moindres agrandissements, embellissements ou enrichissements matériels du siège d’Adyar.
M. Leadbeater partage cette joie. En parlant de Mme Besant, dans l'Adyar-Album, page 7, il vante longuement le développement matériel d’Adyar... « sous son règne, le domaine ne s’est pas enrichi de moins de six propriétés de valeur... » Ainsi la puissance temporelle apparaît bien comme la préoccupation dominante d’Adyar.
Et l’on songe involontairement aux paroles du Christ qui caractérisent si bien la grandeur spirituelle : « Mon royaume n’est pas de ce monde. »
Mme Besant ne comprend pas ainsi la spiritualité, puisqu’elle « règne », comme un prince de ce monde, sur un domaine qui s’accroît par ses conquêtes ; et le héraut qui les célèbre semble bien dévoué au même idéal. Car cette même préoccupation poursuit M. Leadbeater jusque dans ses explorations occultes du XXVIIIe siècle, où il perçoit « une espèce de somptueux palais avec un dôme énorme à la place du quartier général actuel ; la partie centraile semble être une imitation du Taj Mahal à Agra, mais sur une échelle beaucoup plus grande. Dans ce vaste édifice, certains endroits sont marqués de colonnes et d’inscriptions commémoratives telles que : « ici fut écrit tel livre... Il y a même des statues de certains d'entre nous. »
Cette dernière révélation n’est-elle pas, peut-être, un peu trop transparente pour être modeste ? Elle semble bien indiquer l’état d’esprit animant l’explorateur de ces âges futurs.
Mais d’autres détails encore — vastes acquisitions de terrains recouverts d’édifices, Adyar devenu lieu de pèlerinage universel, etc., etc. — viennent justifier ces appréhensions. Elles nous rappellent une fois de plus l’écueil formidable de l’orgueil, et que seules la recherche et la pratique constantes de la Vérité, écartant avec force les conseils des ambitions personnelles de toutes sortes, fécondent la croissance s,pirituelle et conditionnent une croissance matérielle véritablement saine.
En démissionnant de la Société Théosophique, je crois avoir obéi à un devoir indiscutable envers le monde, envers les membres de la Société Théosophique, envers Mme Besant et envers moi-même. Je désirerais m’expliquer successivement sur ces différents points.
Au moment où la Présidente de la Société Théosophique en exile pour ainsi dire la Théosophie, il est indispensable d’apprendre à ceux qui, du dehors, assistent à ce spectacle, que le naufrage moral de la Société Théosophique ne saurait entraîner le naufrage de la Théosophie elle-même, que ses principes immortels trouveront toujours des âmes pour les défendre.
Dans « La clef de la Théosophie » Mme Blavatsky, ce noble esprit, écrivait (page 82), « La Théosophie est le Soleil fixe et éternel et la Société sa comète fugitive qui cherche à se fixer un orbite, afin de devenir planète, et qui tourne toujours dans l’attraction du Soleil de vérité ».
Lorsque cette Société perd son rythme, cesse de graviter autour du Soleil de vérité, qu’elle redevient comète errante après avoir été planète le temps que dura l’impuilsion donnée par ses généreux fondateurs, les âmes fascinées par la Vérité, prises de nostalgie, abandonneront la comète errante. Elles émigreront, elles construiront un nouveau foyer, ardemment attachées à l’orbe de la Vérité divine.
« Le progrès moral est ce que notre Société exige avant tout » écrit encore Mme Blavatsky, dans le même ouvrage (page 75). Nous le voyons, sans risquer de compromettre devant le monde la Théosophie elle-même, on ne saurait plus, en ce moment, demeurer membre de la Société Théosophique
Quant aux membres de la Société Théosophique, tous sincèrement dévoués à son idéal de vérité, j’ai considéré comme un impérieux devoir de leur soumettre un exposé traduisant en toute impartialité le sens clair et formel de faits irrécusables et contrôlables, car ils sont renseignés par des rapports incomplets, inexacts, tendancieux.
J’ai voulu faire retentir un cri d’alarme qui les mît en mesure d’agir à leur tour et de répudier les actes de leur Présidente, lorsqu’ils auront reconnu l’exactitude abso'lue de tout ce qui précède.
J’ai dit déjà quel service je pense rendre à Mme Besant en agissant comme je le fais.
Quant à moi-même, un irrépressible besoin de propreté intérieure et de loyauté publique m’a contraint de dénoncer toute solidarité avec l’orientation actuelle imprimée par sa Présidente à la Société Théosophique
Mon attachement à Mme Besant était ancré dans le sanctuaire le plus intime de mon âme, il était inséparable de mes aspirations les plus élevées. Je n’ai pu éluder les injonctions de ma conscience, malgré les luttes cruelles qui m’ont déchiré pendant que j’écrivais ces pages. J’ai agi selon le meilleur de mon discernement, obéissant à mon amour du vrai, en une fidélité entière à notre cause sacrée que j’espère fermement servir en agissant comme je le fais.
C’est notre idéal de théosophie vécue que je voudrais rappeler à ceux qui me jugeront, et les liens qui m’unissent à tous les vrais théosophes à travers le monde ne subiront chez eux non plus aucune atteinte. C’est dans cet esprit que je me retire momentanément de la Société Théosophique, jusqu’au jour où elle aura de nouveau à sa tête un Président scrupuleusement dévoué à la Vérité, et pénétré de la responsabilité des paroles qu’il prononce et des actes qu’il accomplit, fût-ce en sa qualité d’instructeur ou à titre de Président.
Ce jour se ièvera-t-il jamais?
Seule l’intervention plus ou moins énergique de nos membres en décidera. En attendant, la situation apparaît presque désespérée.
(Malheureusement ce jour n'est pas arrivé, et les dirigeants de la Société Théosophique
d'Adyar continuent de soutenir les méfaits commis par Leadbeater et
Besant.)
Je déplore ici, publiquement, que Mme Besant se soit inféodée à une méthode de développement occulte dont la moralité est au moins facultative, et ait ainsi déchaîné sur notre Société des fléaux de toutes sortes.
Je déplore publiquement que Mme Besant, usant des prérogatives d’un Instructeur, qui lui imposaient le devoir d’un contrôle sévère et minutieux, s’en soit au contraire servi pour créer une lamentable équivoque entre le Christ vrai et une personnalité obscure, et pour confisquer au profit de celle-ci les élans intimes de l’âme humaine attachée à son Rédempteur.
Je déplore publiquement que Mme Besant, s’appuyant sur une accusation malveillante et insoutenable, ait osé proscrire 2'400 membres, alors qu’un recours à la Section libre, cadre administratif en vigueur, eût tout arrangé, même si ses griefs, au lieu d’être injustes, eussent été fondés ; et que Mme Besant ait ainsi déchiré notre charte de fraternité, et monopolisé au profit de M. Leadbeater et au sien propre le principe de liberté d’enseignement inscrit dans notre Constitution.
Je déplore enfin que, par la voix de notre Présidente s’adressant à l’Assemblée plénière, toutes Sections réunies, une calomnie — c’est-à-dire non pas seulement une inexactitude, une contrevérité quelconque, mais bien la plus répugnante parmi toutes — ait pu être accréditée auprès de vingt-cinq mille âmes ardemment dévouées à la Vérité.
Éloge de Rudolf Steiner
Elles vont être trompées, ces âmes, parce qu’elles ont cofnfiance en Mme Besant, et soulevées d’indignation contre un homme qui pourtant est un Instructeur éminent, un homme irréprochable, et qu’il faudrait placer haut entre tous, ne connût-on même, comme Mme Besant, de son œuvre si vaste et si magnifique, que les traductions parues en langue anglaise.
Mais puisqu’il y a eu outrage et diffamation, il sera permis à l’un de ceux qui connaissent et l’œuvre et son auteur, d’attester ici que sa personnalité apparaît, dans toute la force du terme, comme la réalisation même de l’idéal de vie placé sous nos yeux dans ses écrits.
Et qu’il soit permis ensuite de répliquer à la détractation de l’œuvre par le tribut d’une admiration et d’une vénération infinies, allant à cet édifice de science occulte si merveilleusement concluant, prodigieux de puissance et de beauté, souverainement harmonieux malgré ses gigantesques proportions.
Sur les méthodes de développement occulte du Dr. Steiner, M. Leadbeater et M. Van Manennous ont déjà renseignés. Son livre L'Initiation expose d’ailleurs sa méthode et sês principes. Nul ne trouvera auprès du Dr. Steiner des conseils susceptibles de développer la clairvoyance sans spiritualité, sans croissances morale et intellectuelle concomitantes.
Et son œuvre elle-même est le témoignage le plus éloquent des résultats d’une semblable méthode appliquée.
Dans cette œuvre, un enchaînement logique indestructible justifie la moindre affirmation et réunit les parties au Tout. Ce n’est pas au prix d’une négation de l’existence historique du Christ et à l’aide du mépris des Evangiles, c’est au moyen d’une étude respectant les plus subtiles nuances de leurs physionomies à tous deux que le Dr. Steiner documente l’exactitude de ses communications, fruits d’investigations préalables et d’expériences directes dans les mondes spirituels.
Et le clair récit de ces observations précises embrasse l’évolution tout entière de notre Univers. Il nous apporte ainsi de nouvelles facilités de contrôle au moyen d’une consultation des Écritures Sacrées plus anciennes, allant des Védas, à travers les philosophies indoues, la Bhagavad-Gita et le Bouddhisme, jusqu’aux Mystères, aux mythologies et aux philosophies de tous les temps, jusqu’aux physionomies même des civilisations successives, jusqu’aux faits acquis de la science moderne.
Et toute affirmation du Dr. Steiner au sujet d’un fait quelconque des mondes spirituels — qu’il s’agisse de l’absurdité d’une réincarnation physique du Christ ou de tout autre point de son enseignement — se trouve invariablement d’accord avec toutes ses autres affirmations, avec tous les documents historiques ou scientifiques à la portée de notre érudition, avec les exigences de notre raison ou les aspirations les plus nobles du cœur humain.
De sorte que, par exemple, les incarnations de Krishna et du Bouddha, d’après les Ecritures Orientales scrupuleusement respectées, concourent, avec la vie du Christ telle que la rapportent les Evangiles, à une synthèse suprême où chaque être et chaque événement, dans le cadre commun, évoluent en une harmonie impeccable et sublime, avec l’ordre rigoureux et la parfaite coordination qui caractérisent, dans un organisme vivant, l’opportunité des fonctions et la collaboration des organes. Tous ceux qui connaissent l’enseignement du Dr. Steiner savent qu’une compréhension réelle et approfondie de la nature de Krishna et du Bouddha corrobore de façon éclatante son interprétation des événements de Palestine et de la nature du Christ, autant que le contenu des Evangiles eux-mêmes.
L’œuvre du Dr. Steiner est en réalité unique dans les annales de l’humanité et elle y restera ineffaçablement inscrite. Et c’est une immense amertume de penser que celles-là même, parmi les âmes actuellement incarnées, qui devaient être les mieux préparées et les plus aptes à comprendre un semblable enseignement, que les vingt-cinq mille théosophes en ont été détournés par les efforts de celle qu’ils avaient précisément choisie pour les guider vers une connaissance vraie des mondes spirituels, par les efforts de leur Présidente.
Memento
De toutes ces épreuves, la Théosophie sort purifiée et fortifiée. Car l’orage est venu abattre ses ennemis les plus redoutables: le culte personnel de ses instructeurs, et la politique accommodements avec les principes moraux.
Plus profondément qu’aucun autre événement dans le passé de la Société Théosophique, la crise actuelle aura gravé dans nos cœurs VAmour du Vrai, dont la pratique, pour l’étudiant sincère des lois de l’Univers, aboutira toujours et infailliblement à la pureté morale et au discernement intellectuel. La Théosophie, Vlmmortelle Sagesse Divine, est et restera à jamais invulnérable.
Mais que deviendra la Société Théosophique, la comète errante qui tournoie vers l’abîme ?
Tout dépendra de Vinitiative individuelle de chacun de ses membres. Aussi la responsabilité de chaque membre isolé de la Société Théosophique est-elle, en ce moment, immense. A cette heure, le Passé, le Présent, l’Avenir leur adressent de solennelles objurgations. Tous les Dieux à la fois et tous les Hommes ont un égal, un intérêt incommensurable à ce que chacun fasse tout son devoir.
(Mme Annie Besant et la crise de la Société théosophique, pp. 114-162)
OBSERVATION
Charles Leadbeater fut un charlatan et Annie Besant a été complètement trompée par ce menteur, et M. Eugène Lévy en a été un autre témoin de cela, mais il ne s'est pas rendu compte que Rudolf Steiner était lui aussi un charlatan.
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