(Le
texte suivant a été écrit par le théosophe français Eugène Lévy ; j'ai
ajouté des sous-titres en bleu et mes commentaires en violet.)
Mais une question bien plus haute, plus solennelle encore surgit ici. Une question qui éveillera en notre âïne un écho tragique, si nous en mesurons toute la portée. Car Mme Besant n’est pas seulement le Président de la Societé Théosophique, elle est aussi un Instructeur écouté, obéi, vénéré.
Les inexactitudes inconscientes, les insinuations calomnieuses, les travestissements délibérés de la Vérité, toutes ces violations de nos principes les plus sacrés ne concernent, il est vrai, que des contingences du plan physique.
Mais nous savons, et Mme Besant répétera volontiers aujourd’hui comme toujours, qu’il faut à l’occultiste un cœur pur, une volonté droite, une intelligence claire et puissante pour que les résultats de ses investigations soient dignes de notre confiance.
En ce moment précis, le seul énoncé de ces qualifications morales et intellectuelles de l’occultiste exprime une douloureuse interrogation. Mme Besant, en agissant comme elle l’a fait, a-t-elle, oui ou non, disqualifié le résultat de ses investigations ?
Je n’émettrai aucune opinion. Il sera préférable, cette fois encore, de consulter les faits. Et puisqu’aucun véritable Instructeur, aucun occultiste sérieux ne demande plus, de nos jours, à être cru sur parole, mais invite lui-même ceux qui l’écoutent à saisir par leur côté logique les faits qu’il avance, les croyants même les plus fervents de Mme Besant ne sauraient protester contre un examen de ce genre portant sur l’affirmation centrale de son message spirituel, sur le retour du Christ.
L’importance tout à fait prépondérante de cette annonciation, le rôle déterminant qu’elle joue dans les activités de la Présidente et de la Societé Théosophique, la répercussion déjà considérable qu’elle a eue bien au-delà des frontières de la Societé Théosophique, toutes ces circonstances justifient certes le désir d’une vérification.
Mais celle-ci est-elle possible ? Incontestablement, si nous restreignons notre enquête aux seuls matériaux fournis par Mme Besant et M. Leadbeater : car ils ne croient certes pas être en désaccord entre eux ou avec eux-mêmes.
C’est là tout autre chose que de confronter le résultat de leurs investigations avec les affirmations contradictoires d’autres occultistes: un semblable travail dépasserait de beaucoup le cadre de cette enquête et nous y renoncerons donc malgré la lumière souveraine qu’il projetterait.
Nous nous contenterons de réunir en un tout organique les différentes affirmations de ces deux occultistes que lie une étroite et entière conformité de vues et tout un passé d’investigations communes, et qui proclament leur parfait accord sur tous les points de leur enseignement.
Une confrontation de ce genre nous fixera rapidement: il suffira de savoir à qui pensent, d’une part, Mme Besant et M. Leadbeater en parlant du Christ, et à qui pensent, d’autre part, à travers l’Occident tout entier, les fidèles des religions chrétiennes lorsqu’ils prononcent ce nom.
Ce qu'Annie Besant a dit à propos de Jésus-Christ
En ce qui la concerne, Mme Besant nous renseigne, dans son livre « Christianisme Ésotérique » :
« L’enfant dont le nom Hébreu a été changé en celui de Jésus naquit en Palestine, l’an 105 avant Jésus-Christ, sous le consulat de Publius Rutilius Rufus et de Cnaeus Maltius Maximus. »
(p.134)
Le Christ dont parle Mme Besant n’est donc pas le Jésus de l’Histoire et des Evangiles, puisque la vie de celui-ci se déroule un siècle après.
Le Jésus historique nommé le Christ, la figure centrale du Christianisme de tous les temps, naquit 105 ans plus tard que le Jésus de Mme Besant. Les faits auxquels se trouve associée aussi bien la vie du Christ lui-même que celle de ses apôtres, le témoignage de Tacite, la concordance de tous les auteurs au sujet de ces dates historiques s’opposent â ridentifîcation pure et simple du Christ des Evangiles avec le Jésus de Mme Besant. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point.
Quelle activité les investigations de Mme Besant attribuent-elles au Jésus antérieur d’un siècle ?
Dans le « Christianisme Ésotérique », Mme Besant se contente de commenter le texte des Evangiles, au point de vue de l’enseignement ésotérique qu’ils renferment, sans se prononcer sur la fidélité historique plus ou moins grande des récits concernant la Vie du Christ.
Ce que Charles Leadbeater a dit à propos de Jésus-Christ
Mais M. Leadbeater supplée à cette lacune dans son livre « L’Occultisme dans la Nature », Voici ce qu’il dit :
« Si, par exemple, on examine, à l’aide de la clairvoyance, la vie du fondateur du Christianisme, on n’y trouve aucune trace des douze apôtres, et il semblerait qu’ils n’ont jamais existé en tant qu’hommes, qu’ils ont été introduits dans l’Histoire pour une raison quelconque, peut-être pour symboliser les douze signes du zodiaque
. . .
Quoi qu’il en soit, la vérité est que les quatre Evangiles n’ont jamais été destinés à être pris dans un sens historique. Tous les quatre sont issus d’un texte beaucoup plus court, écrit en hébreux par un moine du nom de Mathaeus, lequel vivait dans un monastère situé dans un désert au fond de la Palestine.
Ce moine paraît avoir conçu l’idée de retracer, sous forme de récits, quelques grands faits relatifs aux initiations et d’y ajouter quelques événements de la vie du Jésus réel qui était né en l’an 105 avant Jésus-Christ et aussi quelques-uns de la vie d’un autre prédicateur, fanatique obscur, qui avait été condamné à mort et exécuté à Jérusalem environ 30 ans après Jésus-Christ. »
Il envoya ce document à un de ses amis, grand prieur d’un monastère très important d’Alexandrie, en lui suggérant de le traduire pour le publier en grec. Le prieur alexandrin semble avoir employé plusieurs de ses jeunes moines à ce travail, chacun d’eux devant le faire en entier et le traiter selon ses propres vues.
Un certain nombre de textes, de valeur très inégale, furent ainsi écrits, chacun des moines y incorporant plus ou moins les faits contenus dans le manuscrit original de Mathaeus, y ajoutant aussi quelques légendes dont ils avaient eu par hasard connaissance, sans compter ce que leur inspirait leur goût et leur fantaisie.
Quatre de ces textes ont survécu, et, à chacun, sont attachés les noms des moines qui les rédigèrent : Mathieu, Marc, Luc et Jean. »
L’observateur le plus inattentif reconnaîtra que la personnalité visée par les investigations de Mme Besant et de M. Leadbeater n’est pas, ne peut pas être, celle que visent les Evangiles.
En effet, le Jésus de Mme Besant et de M. Leadbeater a vécu 105 ans avant le Christ des Evangiles. On ne trouve dans sa vie, examinée à l’aide de la clairvoyance de M. Leadbeater, aucune trace des 12 apôtres. Leur existence réelle est niée, « ils ont été introduits dans l’Histoire pour une raison quelconque ».
Les Evangiles seraient surtout une description théorique de certains faits relatifs aux Initiations, agrémentés d’événements ayant trait à un Jésus antérieur, c’est-ià-dire à un Jésus irréel pour le Christianisme. Et, encore, ces événements, qui déjà se rapportent à un autre Jésus, se mêlent à la vie d’un fanatique obscur, à des légendes de hasard et des fantaisies de jeunes moines.
C’est là, nous dit M. Leadbeater, « la Vérité » pour lui. Et, pouvons-nous ajouter, pour Mme Besant également. C’est bien du même Christ qu’ils parlent tous les deux. Car à la page 23 du même ouvrage, M. Leadbeater dit :
« Quant à l’avènement prochain du Christ et à son œuvre, je ne puis mieux faire que de vous conseiller de vous en rapporter au Livre de Mme Besant: « Le Monde de Demain ». L’avènement du Christ n’est pas éloigné et le corps qu’il doit prendre est déjà né. »
Quel est ce corps ?
Dans une interview, la Revue parisienne « Je sais tout », du 13 novembre 1912, l’apprend en ces termes à ses innombrables lecteurs.
« L’Instructeur, l’Initiateur auquel fait allusion le commandant D.A. Gourmes* s’incarnera (mais il faut parler de ces choses avec une réserve infinie) (sic) devra s’incarner, croit-on, dans la personne du jeune Hindou Krishnamurti, que les chefs de la Théosophie préparent à ce moment sacré. Tous ceux qui ont approché Krishnamurti le considèrent comme un etre supérieurement doué et tout à fait hors de l’humanité ordinaire. »
(* M. Gourmes est le Directeur de la Revue Théosophique française.)
C’est là, sans aucun doute, l’expression sincère du sentiment de M. D.A. Gourmes, aussi bien que celui des « chefs de la Théosophie » eux-mêmes, Mme Besant et M. Leadbeater.
Tous connaissent le jeune Krishnamurti et sa présence muette et décorative sur l’estrade, aux Conférences de Mme Besant. A maintes reprises, en des paroles impressio'nnantes, elle a préparé l’esprit de son auditoire à cette incarnation :
« Si donc vous désirez voir clair, la première des choses à faire consiste, pour vous, à vous débarrasser du préjugé de race, de couleur, de cette fierté qui vous incline à penser que la race blanche est la race favorite de Dieu. Aussi longtemps que ces sentiments ne seront pas arrachés des coeurs, aussi longtemps que nous ne cesserons pas d’être protecteurs hautains et condescendants au lieu de tendre à une fraternité égalle entre tous les hommes, nous rejetterons le Christ quand il viendra parmi nous, sous prétexte qu'il n'est pas de notre sang, de notre race. »
{L'Avenir Imminent, p.95)
Mme Besant ajoute une précision nouvelle dans sa conférence sur le « Développement de la Societé Théosophique», parue dans le Theosophist, et dont j’ai eu sous les yeux la traduction dans la Revue allemande « Theosophie », éditée à Leipzig, par le Dr. Hugo Vollrath (décembre 1912). Elle y écrit : « ....alors vint le message de la Venue de l’Instructeur du Monde, du Christ, et Ventraînement de son organisme au sein de la Societé Théosophique ».
Le jeune Krishnamurti est d’ailleurs chef de l’Ordre de l’Etoile d’Orient, association groupant ceux qui croient en la venue prochaine d’un Instructeur divin, et il fut adoré à genoux par une foule de théosophes, à Adyar, lors de la Convention de 1911, ainsi que l’annoncèrent à cette époque les revues théosophiques.
Mme Besant écrivait elle-même à ce propos :
« Nul n’a douté qu’il ne fût pas seulement en ce moment en présence du jeune Brahmine qu’est J. Krishnamurti, mais aussi de quelqu’un qui, pour l’instant, était le temple vivant du Très Saint. »
(Reproduit d’après le Theosophist, par la Revue Théosophique Française, août 1912, p.311)
Et Mme Besant, en portant son message au public théosophique occidental en 1911 et 1912, en organisant à Londres des séries entières de conférences convergeant toutes vers ce sujet principal: « Le retour du Christ », prononçait, dans les conférences centrales mêmes de ces cycles, intitulées le « Christ futur » ou « la Venue de rinstructeur du monde », des paroles comme, par exemple, celles-ci:
«...avant peu le suprême Instructeur sera de nouveau sur terre, de nouveau manifesté comme Instructeur, une fois de plus iI ira et vivra parmi nous, comme il vécut jadis en Palestine »
(Le Monde de demain, p.253)
Ou encore :
« L’histoire se répétera-t-elle ? Les drames de Judée, de Jérusalem, du Calvaire seront-ils joués une fois encore ? »
(L'Avenir Imminent, p.91)
D’autres évocations de scènes historiques des Evangiles se retrouvent tout au long de ces conférences.
Résumons à présent toute cette documentation
D’un côté, pour Mme Besant et M. Leadbeater, des investigations occultes établiraient l’existence d’une personnalité nommée Jésus, ayant vécu 105 ans avant le Christ des Evangiles, personnalité qui n’a pas été entourée des douze apôtres, dont aucun par conséquent n’a écrit les Evangiles.
Ceux-ci seraient une simple théorie de l’Initiation, panachée de quelques récits fantaisistes n’ayant aucune valeur historique. Nous ne savons rien par conséquent du Jésus auquel, dans leurs investigations, s’attachent ces deux occultistes.
Absolument rien — cela paraît irréfutablement établi. Et nous ignorerions même que le Jésus dont ils nous entretiennent a jamais existé, s’ils ne prenaient soin de nous l’apprendre (Nous examinerons tout à Theure les références de Mme Besant au Talmud, qui sont bien ultérieures à son message du retour du Christ.). En tout cas, son passage sur notre terre, qui nous est ainsi signalé, n’y a pas laissé la moindre trace.
Le Jésus de Mme Besant n’a nullement été un Instructeur du monde, si les investigations qu’on nous rapporte sont exactes. Il a été un particulier obscur, que ne rappelle aucun document religieux ou historique; aucun mythe, aucune légende ne parlent de lui. Ce serait véritablement le premier Instructeur qui n’aurait laissé aucun souvenir de son activité.
Alors que l’authenticité des Ecritures Sacrées de tous les temps est admise par ces occultistes et atteste jusqu’à nos jours l’activité féconde des grands Instructeurs du passé, nous constaterions ici l’absence complète de tout document et aussi de toute influence sur la culture de l’époque. Un grand Instructeur aurait ainsi passé totalement inaperçu.
Admettons-le, puisque tel est le résultat des recherches de M. Leadbeater et de Mme Besant.
Cependant ces deux occultistes, continuant leurs investigations, ont annoncé, à un moment donné « le retour du Christ ». Du Christ dont ils nous ont toujours entretenu, cela va sans dire ?
Eh bien, non ! Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Mme Besant, avec la tranquille audace de l'inconscience, accomplit cette volte-face stupéfiante de s’établir d’un seul bond, sans le moindre souci d’une transition, sur le terrain du Christianisme historique, d’annoncer le retour de l'autre Christ, du Christ historique, d’adopter comme réels les drames de Judée, les événements de Jérusalem et le supplice du Calvaire.
Et elle réussit ainsi à l’aide d’une équivoque d’une incroyable frivolité, mais d’une portée tout à fait tragique, à faire croire aux chrétiens qui l’écoutent que ses investigations dans les mondes spirituels lui permettent d’affirmer le retour du Christ historique, alors qu’en réalité les investigations qui sont la base de son message occulte nient Vexistence du Christ historique comme celle des Apôtres, et déclarent apocryphes les Evangiles.
Il est poignant de retrouver ainsi chez Mme Besant, dans la compréhension de son rôle d’occultiste comme, tout à l’heure, dans l’accomplissement de ses fonctions présidentielles, la même insouciance à l’égard de l’exactitude des faits qu’elle énonce, la même inconsciente indifférence à l’égard du vrai ou du faux. Mais, dans ce domaine, le retentissement sera incalculable!
Mme Besant se rend complice d’une mystification dont la gravité exceptionnelle accablera profondément ceux qui évoquent l’effroyable Karma qu’elle se prépare ainsi. Mme Besant égare la foule des âmes attachées au Christ vrai vers on ne sait quel instructeur à venir, dont M. Leadbeater, avec elle, a sondé le passé obscur.
Elle les a amenées à croire que c’est lui qui revient, leur Christ, le Fils de Marie qui fut baptisé par Jean, celui qui ressuscita Lazare, qui aimait Jean et Pierre et Marthe et Marie, qui leur prodigua à tous ses enseignements et ses exhortations, qui fit tous les miracles, qui accomplit les guérisons; celui dont la Vie se trouve contée tout au long des Evangiles, avec ses mille traits sublimes et touchants, celui qui fit et dit réellement toutes ces saintes et douces choses, comme le Sermon de la Montagne, dont le récit, à travers les siècles, a inondé de force et de joie des millions d’âmes, parce qu’elles sentaient passer sur elles, en les lisant, le souffle du Vrai, et qu’elles participaient à la Vie palpitante elle-même, précieusement conservée dans les Evangiles comme en un Vase sacré.
Elle leur a fait croire que c’est le Christ de la Sainte-Cène qui revient, celui qui accomplit sur la terre le Mystère de la Sainte-Communion avec ses Disciples, le Christ condamné par Ponce-Pilate, crucifié entre deux ladrons et qui ressuscita le troisième jour, puis apparut à Marie-Madeleine, aux apôtres, à Thomas rincréduile et qui fît route avec les disciples d’Emmaüs.
Le Jésus que Mme Besant connaît, qu’elle a trouvé dans ses recherches occultes, n’a rien fait, n’a rien dit de tout cela. Ce qu’il a fait et ce qu’il aurait dit sur terre, personne n'en sait rien.
N’est-il pas bien étrange et infiniment déplorable de voir Mme Besant et M. Leadbeater nier la réalité historique du Christ et de sa vie contée par les Evangiles, sans même essayer de pénétrer le mystère qui enveloppera alors fatalement l’activité passée, l’incarnation la plus intéressante du grand Instructeur dont ils annoncent le retour ?
Annie Besant profère des mensonges sur Jésus-Christ
Beaucoup de théosophes en ont été surpris, et Mme Besant a été pressée de questions sur ce point. Elle s’est efforcée d’y répondre dans une récente conférence, « Les aspects du Christ » Londres (13 juillet 1912), dont la traduction a paru dans le Bulletin Théosophique de février 1913 :
« D’abord —dit-elle— le côté historique. Sur ce point, l’occultisme parle clairement, tel que nous l’avons appris des Maîtres de la Loge Blanche par le messager qu’ils nous envoyèrent, H.P.B., confirmé par les études de ceux qui travaillèrent depuis. Et cet aspect s’appuie fortement sur l’Histoire du passé et sur un ou deux enseignements dignes d’être considérés dans le Nouveau Testament même.
C’est l’histoire d’un jeune Hébreu, né environ un siècle avant l’ère chrétienne, élevé en partie en Egypte, en partie dans les monastères Esséniens, qui, vers l’âge de 30 ans, commença à enseigner...... quelquefois l’amour enthousiaste de la foule, quelquefois la haine furieuse, entraînant le danger de mort; et, finalement, dans cette ville de Jérusalem, dans la cour même du Temple, l’émeute qui éclate, une pluie de pierres qui lapident, le Christ qui remonte à sa place, le meurtre du corps dans lequel il était demeuré un temps, l’arrestation du corps, la mise en croix par dérision de ce qu’ils avaient tué.
Telle est l’histoire de ce passé, confirmée par les traditions conservées par les Juifs, traditions qui parlent de ce jeune instructeur qui prêcha et enseigna, qui 'fut tué et crucifié* sous le règne de la reine Salomé.
Et c’est confirmé par ces paroles de Saint Pierre, dans les actes des Apôtres, quand, parlant avec reproches aux Juifs de son temps, il parle de « Jésus que vous avez tué et crucifié. »
(* Mme Besant, dans l’original anglais, n’emploie pas le mot « crucifier ». Elle dit « hanged on a tree », ce qui signifie « pendu à un arbre ». La traduction française a dû égarer les lecteurs davantage encore que ne le fait le texte correctement rapporté.)
Il semble qu’au saut brusque que Mme Besant fit, au début, du domaine des recherches occultes sur le terrain du Christianisme historique, succède à présent une tentative de concilier ces deux domaines, en invoquant des documents historiques et religieux en faveur d’une identification du Christ historique avec le « Jésus » de ses recherches occultes.
Mais cette tentative n’est pas heureuse. Les faits que Mme Besant essaye d'introduire dans la Vie du Christ pour établir cette « unification », sont inconciliables avec l’histoire aussi bien qu’avec le texte des Evangiles. Ces faits sont: la naissance 105 avant J.-C., la lapidation, enfin la pendaison ou la crucifixion après la mort.
La naissance du Christ historique en l’an un de l’ère chrétienne est démontrée par le récit de Tacite, qui vécut lui-même trois quarts de siècle seulement après les événements de Palestine.
Les « Annales » de Tacite, intitulées dans les manuscrits « Ab excessu divi Augusti », ne commencent l’histoire romaine qu’à la mort d’Auguste, survenue 14 ans après J.-C. On ne saurait donc essayer de reporter cent ans en arrière l’époque historique de la vie du Christ, d’autant plus que Tacite rapporte précisément l’origine du Christianisme à cette personnalité qu’il nomme Christus et qui aurait été mise à mort par ordre du procurateur Ponce-Pilate entre 26 et 36 après J.-C. (Grande Encyclopédie y vol. 21, p. 136).
II existe donc, sur ce point, un accord parfait entre Thistoire et les Evangiles, sans même invoquer les témoignages de Suétone et de Pline le jeune, tous deux concordants.
Mme Besant parlait tout à l’heure d’un aspect historique « qui s’appuie fortement sur l’histoire du passé ». L’histoire romaine, nous le voyons, infirme son interprétation historique. Mme Besant, en outre, en appelait aux traditions conservées par lies Juifs parlant de ce jeune Instructeur qui fut lapidé et pendu à Jérusalem sous le règne de la reine Salomé.
Mme Besant ne cite pas les textes et cela est regrettable. Nous allons le faire à sa place, en empruntant en même temps à l’un des orientalistes les plus célèbres du xix* siècle les commentaires qu’ils lui ont inspirés.
Dans son « Essai sur VHîstoire et la Géographie de la Palestine, d’après le Talmud, etc. » (Imprimé en 1867 par l'lmprimerie Nationale. Le volume se trouve à la Bibliothèque Nationale), M. J. Derenbourg, membre de l’Institut, consacre une note intitulée « Jésus et ben Sotada » à l’étude approfondie de l’hypothèse qui voit dans Jésus ben Sotada le Christ des Evangiles (p. 468 et suivantes).
Le développement de cette étude nous en interdit la reproduction complète. Mais certains extraits, comprenant surtout les textes des deux Talmuds, justifieront les conclusions de ce savant, nettement opposées à cette hypothèse.
« Dans J. Sanhédrin, VII, 16 où on lit, à ia suite de la procédure décrite au commencement de cette note, les mots « ainsi Ton fit pour ben Sotada à Lydda, on cacha, pour Tépier, deux savants, puis on Tamena devant le tribunal où il fut lapidé », rien ne trahit encore la pensée qu’il puisse être question de Jésus, puisque dans ce cas on n’aurait pas seulement déguisé le nom de la personne, mais on aurait encore mis Lydda pour Jérusalem et changé Vexécution par le crucifiement en celle de la lapidation. Le Talinud de Babylone, J. Sanhédrin, VII, 67a, remplace tout ce qui se trouve après le nom de ben Sotada par les mots « et on le pendit à la veille de Pâques ». »
Dans cette addition perce évidemment déjà l’idée d’une confusion avec Jésus. Enfin la confusion paraît complète dans la discussion qui s’engage ensuite au même endroit :
« Pourquoi le nom de ben Sotada, puisque c’était le fils de Pandéra?... »
(D’autres auteurs écrivent : Pandira.)
Puis M. Derenbourg dit encore :
« Pourquoi le nom de Jésus, qui se trouve vingt fois dans les Talmuds (dans les éditions non expurgées bien entendu) aurait-il été, dans une occasion, remplacé par le pseudonyme de ben Sotada ? Cette question reste encore sans réponse... »
Enfin M. Derenbourg conclut par ces mots :
« Je crois qu’après ce que nous venons de dire on reconnaîtra avec nous que, quelque temps avant ou après la destruction du Temple, il y eut à Lydda l’exécution d’un faux prophète qu’on a plus tard confondu avec Jésus... »
Il importe d’ajouter qu’aucun des passages rapportés par M. Derenbourg ne parle d’une lapidation dans la cour du Temple.
De même que les Annales de Tacite, les textes des deux Talmuds, aussi bien que l’avis autorisé d’un grand orientaliste, viennent s’opposer à la prétention de Mme Besant d’identifier Jésus ben Sotada ou ben Pandéra avec le Christ.
Et nous pouvons ajouter ici que les recherches occultes du Dr. Steiner reconnaissent également en Jésus ben Pandéra une personnalité entièrement distincte de celle du Christ.
Seule contre tous, en dépit du sens littéral des textes romains et juifs, et tranchant sur leur interprétation raisonnée, Mme Besant affirme sur la foi, dit-elle, de Documents historiques —lesquels ?— que Jésus ben Pandéra est le Christ.
Jusqu’à présent les documents historiques lui opposent un démenti absolu.
Si Mme Besant n’en soutient pas moins sa thèse avec succès, sans l’appui des citations du Talmud, c’est que son auditoire lui accorde la plus grande confiance. Il ne soupçonne pas que les citations du Talmud la démentiraient et qu’elle fût capable de passer sous silence le témoignage gênant de Tacite.
Annie Besant s'appuie de manière erronée sur les Évangiles.
Mais Mme Besant a invoqué un troisième ordre de « preuve historique » : « un ou deux enseignements dignes d’être considérés dans le Nouveau Testament même ». Avant d’examiner le passage unique qu’elle invoquera, une remarque préalable s’impose sur la liberté dont Mme Besant use ainsi à l’égard des Evangiles.
On sait que ceux-ci prétendent offrir un récit historique rigouireusement exact de la vie et de la mort du Christ : M. Leadbeater, et avec lui Mme Besant, déclarent ce récit inexact dans toutes ses grandes lignes, dans tous ses détails. Le Christ serait né un siècle avant l’ère chrétienne, les apôtres n’ont pas existé, le Christ n’est pas mort sur la croix, etc.
Or il n’est pas possible vraiment d’invoquer la valeur historique d’une ligne unique des Evangiles en faveur d’une thèse dont l'exactitude infirmera aussitôt la valeur historique des quatre Evangiles tout entiers.
A l’encontre du point unique invoqué, représentant « un enseignement digne d’être considéré» le contenu total des Evangiles représentera ainsi « les enseignements qui ne seront pas dignes d’être considérés ».
Mme Besant ne voit-elle pas que le naufrage des quatre Evangiles engloutirait aussi le point unique dont elle espère étayer sa thèse ?
L’artifice d’un semblable procédé n’échappera à personne.
Mais examinons cependant les enseignements dont Mme Besant espère tirer de semblables conclusions. Elle se borne à citer les paroles suivantes de Pierre, dans les Actes des Apôtres :
« Jésus que vous avez tué et pendu à un arbre. »
Cette citation est conforme à la traduction officielle de l’Eglise anglicane.
Cependant la traduction française d’Ostervald rapporte ainsi ces mots : « Que vous avez fait mourir, le pendant au bois. » Et la version de Bouriassé et Janvier dit: « Que vous avez fait mourir en le suspendant à un bois. »
Dans un autre passage des Actes (IV, 10) Pierre dit uniformémenit, dans ces trois éditions : « Que vous avez crucifié. » Ailleurs encore (X, 40)
Pierre dit, d’après la bible anglaise :
« Qu’ils ont tué et pendu à un bois. »
Mais ce passage aussi est traduit par Ostervald : « Ils l’ont fait mourir, le pendant au bois », et par Bourassé et Janvier: « Ils l’ont fait mourir, l’attachant à une croix. »
On le voit, le choix est grand entre les interprétations du texte original, et il serait véritablement imprudent, en tout état de cause, d’en tirer un argument, comme veut le faire Mme Besant, en faveur de la thèse d’un Christ lapidé d’abord et pendu ensuite ou crucifié.
Mais puisqu’elle semble croire que Pierre a voulu exprimer cette pensée, rien ne sera plus facile que de lui démontrer son erreur. En effet, les Actes des Apôtres (III, 13) font parler Pierre ainsi qu’il suit :
« ... son fils Jésus, que vous avez livré et renié devant Pilate, quoiqu’il jugeât qu’il devait être relâché. Mais vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accordât un meurtrier ; et vous avez fait mourir le Prince de la Vie, que Dieu a ressuscité des morts. »
Pierre, on le voit, corrobore ici, sans la moindre équivoque, toutes les phases du drame telles que les rapportent les quatre Evangélistes; le jugement devant Pilate, son refus de condamner le Christ, le relâchement de Barrabas réclamé par la foule. Ces paroles ne permettent pas de supposer qu’il croit à un Christ lapidé dans la cour du Temple, au cours d’une émeute, et crucifié après sa mort.
On ne saurait s’y méprendre, nous percevons chez Pierre l’écho fidèle d’un récit identique à celui des quatre Evangélistes. Comme dans chacun des quatre Evangiles, nous entendons la foule crier à Pilate : « Crucifie-le, crucifie-le. » Pour Pierre aussi, le Christ est véritablement mort sur la croix. L’unanimité des Evangélistes et de Pierre ne saurait être mise en doute.
La tentative de Mme Besant de rendre les Evangiles complices de son interprétation de la mort du Christ somble ainsi vouée à un irrémédiable échec.
Mais la direction de son effort est on ne peut plus significative : une interprétation, favorable à sa thèse, de cinq ou six mots recueillis dans les Evangiles qu’elle a déclarés pure fiction, dans cette même conférence, l’eût décidée à reconnaître la valeur historique de ce passage utile !
Pour recourir à de semblables moyens il faut avoir perdu toute foi en la cause que l’on défend.
Quelle aberration que de prétendre que les Evangiles sont authentiques tout juste dans la mesure où ils concourent à étayer une thèse niant leur authenticité! Ils le sont s’ils décrivent la vie d’un Christ vrai, ils ne le sont pas si le Christ dont ils nous entretiennent est mythique, si Je seul Christ réel est antérieur d’un siècle et a été lapidé.
Et Mme Besant affirme que le Christ des Evangiles est mythique ; ou bien alors que signifient ces paroles, dans cette même conférence sur « les aspects du Christ » :
« Lorsque ces pensées se répandirent, le Dieu-Soleil et la Croix furent identifiés. La vie de l’Esprit déversé sur le monde a comme symbole cette croix aux bras égaux. A mesure que nous avançons, nous la trouvons dans les mystères.
Mais lorsqu’elle devait être représentée et que le pouvoir de créer des formes vivantes eût disparu par ignorance, les mystères devinrent un drame qui fut joué, et alors le Dieu-Soleil n’apparut plus triomphant sur la sphère de l'espace, mais étendu sur la croix de la matière, crucifié dans la matière, et vous n’avez plus la croix aux bras égaux, mais la croix latine, dont le bras allongé permettra au corps de l’homme crucifié d’y être représenté. Et c’est ainsi que grandit l’enseignement mystique, et s’agrégea autour de la figure splendide du Christ. »
Il faudra pourtant bien que Mme Besant se résigne. Il faudra qu’elle cesse de se mettre en contradiction avec elle-même en niant et en invoquant d’une même haleine la valeur historique des Evangiles, selon l’intérêt de sa thèse.
La version de Leadbeater
M. Leadbeater reste conséquent avec lui-même lorsqu’» dit, dans le Credo chrétien, page 65, parlant des paroles du Credo : « ...a été crucifié, est mort, a été enterré... »
« Ici encore nous sommes en présence d’un malentendu presque universel dont les proportions ont été colossales, et les résultats tout à fait désastreux. La stupéfiante transformation d’une allégorie parfaitement raisonnable en une biographie absolument impossible a eu une triste influence sur l’église chrétienne tout entière et sur la foi qu’elle a enseignée ; et l’immense sympathie dévotionnelle, provoquée pendant des siècles par le récit d’une souffrance physique totalement imaginaire, est, peut-être, dans les annales du monde, l’exemple le plus extraordinaire et le plus lamentable d’un gaspillage d’énergie psychique. »
Et page 78 :
« naturellement, les clous, le sang, les blessures, toutes les épouvantables laideurs de la forme moderne, sont simplement des additions dues à rimagination malade d'un moine... »
Certes c’est une grave inconséquence de la part de Mme Besant que de revendiquer, pour son Jésus obscur et lapidé, le témoignage des Evangiles dans le but de lui conserver les prérogatives du vrai Christ qu’elle lui a indûment attribuées. Si cette prétention n’avait été nettement anéantie par les textes de Tacite, du Talmud et des Evangiles, M. Leadbeater serait là pour rappeler à Mme Besant qu’en agissant ainsi elle se met en contradiction avec lui et avec elle-même, et qu’une « adaptation » de leur Jésus au Christ vrai est tout simplement impossible.
L’œuvre de l’imagination malade d’un moine ne saurait pourtant devenir un fait historique parce que la substitution de Jesu ben Pandéra au Vrai Christ, acceptée d’abord en toute confiance par les admirateurs de Mme Besant et de M. Leadbeater, commence à être soupçonnée depuis que l’enseignement du Dr. Steiner se répand dans le monde.
(Pour éviter toute nouvelle méprise, j’ajoute expressément que l’enseignement du Dr. Steiner, tout en enregistrant l’existence de Jesu ben Pendéra, un siècle avant notre ère, ne proclame nullement sa prochaine apparition comme Instructeur du monde.)
L'opinion d'Eugène Lévy
Mettons les choses au point. Dans la première phase de son annonciation d’un faux Christ, Madame Besant semble avoir été, de bonne foi, la victime d’investigations occultes incompétentes, qui lui avaient fait croire sincèrement au « retour du Christ ».
Sa conférence « Les Aspects du Christ » révèle une tout autre attitude. Elle a entendu douter de l’exactitude de son message. Elle a été priée de s’expliquer plus clairement, et elle va recourir à une documentation historique.
Jusque là, il n’y aurait rien à dire. Mais, au moment où elle consulta ces documents, il est presqu’impossible que Mme Besant n’ait pas clairement reconnu qu’elle s’était trompée. Sa grande érudition nous contraint de croire qu’elle n’ignore ni les Annales de Tacite, ni les textes du Talmud, ni le passage des Actes où Pierre confirme le récit des quatre Evangélistes.
Sa haute intelligence l’empêchera de penser sérieusement qu’elle fait œuvre de documentation historique en extrayant une ligne brève des Evangiles où touty pour elle, est mythe et allégorie.
Ce n’est plus notre bon sens qui sera offensé par l’inconséquence de semblables procédés. Malgré nous, inéluctable comme l’instinct logique, Tidée d’une grande ingéniosité, s’employant à la défense d’une erreur consciente, surgira dans notre esprit.
Mme Besant semblerait savoir maintenant qu’un abîme profond sépare son Jésus du Christ vrai, elle semble délibérément entreprendre de plaider le faux Christ, plutôt que. d’avouer.
Je n’ignore pas que ce soupçon sera infâme tant qu’on n'aura pas démontré l’invraisemblance de toute autre hypothèse moins infamante... Mais comment expliquer, autrement qu’à l’aide de cette hypothèse, qu’une intelligence aussi pénétrante, désirant compulser sincèrement les documents historiques, ait pu passer sous silence les rapports concordants du plus grand historien de Rome et de deux autres écrivains de son époque, qu’elle puisse faire violence au texte du Talmud (car, d’après le Talmud, ce n’est pas à Jérusalem, mais à Lydda qu’a été exécuté Jésus ben Pandéra), qu’elle décide d’infliger sans preuves un démenti aux quatre récits concordants des Evangélistes, qu’elle tente, enfin, désespérément, de faire dire à Pierre ce qu’il n’a jamais dit ni voulu dire ?
Chez un grand écrivain qui a fait scs preuves comme Mme Besant a fait les siennes, comment expliquer cette accumulation d’illogismes —dont chacun constituerait une erreur grossière, même pour un intellect médiocre— si ce n’est pair Vintention qui les a tous volontairement groupés en vue d’une thèse qu’il s’agit de défendre à tout prix?
Et pourtant, dira-ton, quel mobile inspirerait à Mme Besant une semblable détermination, un telacharnement au service de l’erreur ? Dans quel but défendrait-elle ce qu’elle sait être faux ?
(M.
Eugène Lévy surestime les capacités d'Annie Besant car les données
historiques montrent qu'elle était assez ignorante, facilement
manipulable, et que son orgueil démesuré la poussait à maintenir ses
conclusions même lorsqu'elles étaient erronées.)
J’ai essayé de comprendre, le cœur en révolte contre les conclusions implacables de ma pensée, l’âme désespérément tendue vers la Vérité....
Est-ce de ma faute si un souvenir a surgi, un souvenir profondément gravé en moi, comme tant de pages de « l'Autobiographie » de Mme Besant que j’ai jadis lues et relues, qui m’ont fait palpiter d’admiration et d’enthousiasme, et qui vivent encore en moi?
Oui, pendant que j’étais ainsi penché sur cet effroyable problème, j’ai entendu Mîme Besant nous rapporter comment la jugeait Mme Blavatsky: « Child, your pride is terrible. Tou are as proud as Lucifer himself. » « Enfant, votre orgueil est terrible. Vous êtes aussi orgueilleuse que Lucifer lui-même. »
Aussi orgueilleuse que le Roi de l’orgueil, aussi riche en orgueil que la source unique de tout orgueil... Nous sentirons tous passer sur nos âmes un frisson de terreur et de compassion... De toutes nos forces, par un instinct soudain ravivé, nous enlacerons la Vérité, nous nous serrerons fidèlement autour d’elle, nous aspirerons de tout notre cœur vers l’Humilité qui sauve, nous l’implorerons pour Mme Besant.
Mais quel malheur pourtant, quel affreux malheur que cet enchaînement de la cause redoutable et de ses effets tragiques nous apparaisse si vrai, si concluant, si irréfutable. Un orgueil indomptable, un orgueil dévastateur ne reculera devant rien évidemment, plutôt que de faire l’aveu humiliant d’une erreur.
Il faut le dire, seul l’orgueil surhumain évoqué par Mme Blavatsky oserait faire persévérer consciemment dans l’erreur, au moment où l’on tient entre ses mains le salut de milliers d’âmes, qu’on s’apprête à précipiter dans la plus tragique des confusions. Tout s’éclairerait ainsi, il est vrai.
Mais quelle épouvantable clarté ! Et comme on voudrait qu’elle fut moins cruelle, moins impitoyable. Car elle paralysera avec une force souveraine tout l’attachement affectueux que nous nous obstinions de conserver à Mme Besant, elle nous montre que nous avons l’impérieux devoir d’arracher de notre cœur jusqu’au dernier vestige de l’ancienne solidarité, si nous voulons éviter d’être ses complices.
Quelle que soit notre douleur, il faut regarder la Vérité en face courageusement. Malgré les charges écrasantes réunies contre Mme Besant, je n’affirmerai pas qu’elle se soit rendue coupable de la proclamation délibérée d’un faux Christ; je respecterai le mystère insondable qui protège les pensées secrètes de tout être humain contre les indiscrétions de l’investigation psychologique.
Mais, sans la moindre hésitation, j’affirmerai ceci: Notre raison nous contraint de dire que les choses se passent comme si Mme Besant, ayant elle-même cessé de croire à l’identité de son Jésus et du Christ, voulait continuer à y faire croire les autres.
Lorsque nous essayâmes tout à l’heure d’éluder cette affligeante conclusion, Mme Blavatsky elle-même s’est dressée devant nous; la fondatrice de la Société Théosophique, l’amie de Mme Besant, le guide de ses premiers pas dans la vie occulte, est venue défendre le verdict de la raison impartiale, en nous y ramenant de toute l’autorité que nous concédons à sa connaissance clairvoyante, à son affection protectrice pour Mme Besant. Elle nous fournit, hélas ! une clé psychologique qui semble révéler le secret de toutes les défaillances de notre Présidente.
Son orgueil, son esprit de domination l’auraient poussée à cette croisade d’extermination contre l’enseignement du Dr. Steiner, ils lui auraient fait ramasser, sans le moindre souci du vrai, du juste ou des principes théosophiques, n’importe quelle arme capable de réduire l’adversaire : la calomnie, l’abus du pouvoir, le travestissement des faits, combinés en une tactique subtile.
Et lorsqu’elle deviendra la victime d’une erreur au cours de ses investigations occultes —dont, en théorie pourtant, elle proclame sans cesse la faillibilité— c’est son orgueil encore qui viendra lui barrer le chemin des aveux, et qui l’asservira aux plus pitoyables machinations.
Certes l’attitude de Mme Besant à l’égard de l’enseignement du Dr. Steiner et de sa personne est infiniment coupable et nous inspire une profonde réprobation. Mais elle n’atteint pas les proportions effroyables de sa faute dans cette proclamation d’un faux Christ. Ici les termes qui caractériseraieiit ses responsabilités peuvent hanter notre pensée, mais ils se déroberont toujours à notre plume. Bornons-nous à dire que c’est un immense malheur d’entrevoir que Mme Besant a peut-être renfermé dans son âme l’aveu de son erreur, que l’orgueil lui ait suggéré une politique d’expédients si peu sincères, si lamentablement précaires.
Une déclaration formelle et explicite, au contraire, rachetait, dans la mesure du possible, l’erreur initiale. En entreprenant de la défendre, Mme Besant a fait, de cette erreur, un désastre où sombrera, de toute façon, jusqu’au dernier vestige de la confiance qu’elle inspira jadis. Car si elle ne défend pas son erreur consciemment, à quel écroulement total de toutes ses facultés assisterions-nous alors !
Un indicible effroi nous saisira en évoquant la possibilité d’une confusion préméditée, aussi bien que l’hypothèse d’une soudaine insuffisance mentale aussi radicale, aussi totale que la révélerait cette Conférence sur les aspects du Christ. La seule chose certaine, dans les deux cas, c’est que nous sommes en présence de la pire des catastrophes réservées, dans le domaine spirituel, à l’humanité contemporaine, si nous en envisageons les conséquences immédiates et lointaines.
Et pour que le drame soit complet, pour que nous goûtions jusqu’au bout les émotions les plus amères, nous voyons, en face de cette proclamation d’un faux Christ, se dresser la confiance éperdue des victimes.
Besant promet le retour imminent du Christ
La conférence de Mme Besant sur « les Maîtres » a servi, en Allemagne, comme pamphlet de propagande en faveur de l’Etoile d’Orient.
(Düsseldorf, Ernst Pieper, Ring-Verlag).
Cette conférence contient les lignes suivantes :
« Celui que l’Orient nomme la grande Vérité, l’Instructeur du Monde, que l’Occident nomme le Christ, se réincarnera prochainement... »
Un appel chaleureux termine la brochure, invitant le public de joindre l’Etoile d’Orient. Faisant allusion au passage cité, cet appel dit :
« Des lèvres vénérées nous trahissent que cela est non seulement possible, mais certain. Avec un enthousiasme et une confiance qui dissolvent en allégresse tous les doutes et toutes les incertitudes, Mme Besant, l’auteur de cette conférence, nous annonce que le grand Maître nous dispensera à nouveau la bénédiction de sa présence et continuera l’œuvre du salut de l’humanité. Nous serions ainsi comblés de grâce à la face de milliers de générations. Le royaume des cieux descendrait de nouveau tout près de nous. S’il en est ainsi — et il est difficile de ne pas croire une Annie Besant. »
La pensée chancelle en apercevant ainsi, face à face, la suprême mystification et la suprême confiance...
Leadbeater soutient Besant
Et plus nous approfondirons, plus terrifiantes apparaîtront les responsabilités d’Adyar dans cette triste machination. Car on peut encore désirer connaître l’origine d’une confiance aussi intrépide, indestructible au point de résister à l’éloquent langage des faits réunis ici et dont l’un ou l’autre, sinon tous, ont été à la portée du libre examen de ces membres professant pour Mme Besant cette enthousiaste confiance. La réponse à cette question formule une inculpation nouvelle, écrasante autant qu’inattendue.
Car cette confiance n’est nullement, chez toutes les victimes, le résultat d’un libre élan de leurs énergies intérieures. Elle est née, chez la plupart d’entre elles, sous l’empire d’une formidable suggestion délibérément organisée et savamment entretenue par les auteurs même de cette mystification, par M. Leadbeater qui écrit et par Mme Besant qui édite les lignes suivantes dans l'Adyar-Album :
« ... Que puis-je vous dire de votre Présidente que vous ne sachiez déjà? Son intelligence colossale, son infaillible sagesse, son éloquence inégalée, son merveilleux oubli d’elle-même, son infatigable dévouement au travail pour les autres, tout cela vous est familier. Cependant ces qualités et ces pouvoirs ne sont qu’une partie de sa grandeur ; ils sont à la surface ; tous peuvent les voir ; ils sautent aux yeux. Mais il y a d’autres qualités, d’autres pouvoirs dont vous ne pouvez rien savoir, car ils relèvent du secret de l’Initiation.
Elle est une pupille de nos Maîtres; de la source de leur antique sagesse jaillit la sienne propre ; les plans qu’elle exécute sont leurs plans visant le salut du monde. Considérez ainsi combien grand est l’honneur qui vous échoit en étant admis à travailler sous elle, car, le faisant, vous travaillez virtuellement sous eux.
Pensez combien vous devriez veiller à ne perdre aucune indication tombant de ses lèvres, à vous conformer aux instructions quelles qu'elles soient, qu'elle vienne à vous donner. Souvenez-vous qu’en raison de son état d’initiée elle sait bien plus que vous ; et précisément parce que sa connaissance est occulte, donnée sous le sceau de l’Initiation, elle ne peut la partager avec vous.
Ses actes seront ainsi constamment inspirés de considérations qui échappent à vos conceptions. Il y aura des moments où vous ne pourrez comprendre ses mobiles, car elle tient compte de bien des choses que vous ne voyez pas et dont elle ne doit rien vous dire. Mais que vous la compreniez ou non, vous serez sage en la suivant implicitement, tout simplement parce qu’elle sait.
Tout ceci n’est pas de ma part une simple supposition ou une randonnée de l’imagination ; j’ai été, aux cotés de notre Présidente, en présence du suprême directeur de l’évolution sur ce globe, et je sais ce que je dis. Que les sages entendent mes paroles, et agissent en conséquence. »
(p.45)
On comprend que des âmes n’ayant pas développé à un degré considérable le sens critique, la faculté instinctive qui discerne le vrai du faux, succomberont fatalement à ce formidable assaut.
Ils ne s’apercevront pas que celui qui garantit ainsi l’infaillibilité de la sagesse de Mme Besant, aurait besoin d’un garant lui-même — nous examinerons cette question tout à l’heure — avant qu’on n’obéisse à son étrange conseil de suivre Mme Besant qu’on la comprenne ou non, de la suivre implicitement — c’est-à-dire uniquement parce qu'elle le demande.
Je ne pense pas que les religions ou les cultures humaines, même aux âges les plus primitifs, aient jamais institué de façon plus directe et plus résolue la superstition dans sa forme la plus monstrueuse. Car si l’humanité suivait alors un chef sans réflexion, la pensée, à ces époques reculées, n’était pas développée : les documents que nous ont légués ces cultures le démontrent.
M. Leadbeater, au contraire, réclame la suppression consciente de la pensée devenue majeure, il en sollicite Yaueugle soumission consciemment acceptée, il propose l’étouffement volontaire de toutes les protestations de notre sentiment intime...
Et cet abêtissement délibéré qu’il préconise, au profit de Mme Besant, il s’empresse d’y faire appel lui-même immédiatement, en nous parlant du « Suprême directeur de l'Evolution sur ce globe ». Quel est ce personnage administratif, avec qui l’identifier dans le plan de l’évolution tel qu’il nous a été présenté par Mme Besant et M. Leadbeater eux-mêmes ?
Mais M. Leadbeater évidemment ne se soucie pas de nous faire comprendre, au moment où il essaie de ranimer tout le résidu des forces de Tobscurantisme qui peuvent encore sommeiller au fond de l'âme humaine...
Quelle puissance secourable nous délivrera du cauchemar qui nous oppresse ?
Quel Dieu vengeur viendra foudroyer ce prophète impie qui tente de ravaler rhumanité au rang d’un troupeau d’automates dociles reniant leur raison, refoulant leurs impulsions intimes qui les avertissent peut-être que Mme Besant se trompe et les trompe ?
Une voix douce et persuasive monte du fond de mon être, infiniment rassurante. A son approche, je sens, comme par enchantement, se dissiper l’épais brouillard qui menaçait d’ensevelir nos âmes dans les brumes d’une ignorance servile. Une irrésistible clarté éclate, triomphante.
Jugé sans recours et exécuté sur le champ, M. Leadbeater entend prononcer son verdict par le Bouddha lui-même:
« Ne croyez pas ce que vous « avez entendu dire ; ne croyez pas aux traditions parce qu’elles ont été transmises par de nombreuses générations ; ne croyez pas une chose parce qu’elle est répétée par beaucoup de personnes ; ne croyez pas uniquement parce qu’on vous a produit un ouvrage d’un ancien sage ; ne croyez pas aux conjectures ; ne croyez pas ce à quoi vous êtes attachés par l'habitude; ne croyez pas uniquement sur l'autorité de vos Maîtres et de vos aînés. Après OBSERVATION ET ANALYSE, lorsqu’un principe est conforme à la raison et conduit au bien et à l'avantage de tous, accoptez-le et tenez-vous-y. »
(Bouddha, Anguttura-Nikaya).
Quel refuge souverain, quel noble appui que les paroles de ceux qui sont vraiment grands ; elles sont la constante sauvegarde de l’humanité.
Les conséquences
Nous avons vu qu’ « après observation et analyse », « l'infaillible » sagesse de Mme Besant n’a plus été qu’un amas d’inconséquences, d’injustices, de procédés sectaires dans la vie exotérique, d’erreurs et de mystifications dans les proclamations ésotériques; que loin de « mener au bien et à l’avantage de tous », cette « infaillible » sagesse mène à la mutilation de la Société Théosophique, au plus misérable asservissement des âmes, à l’émasculation des intelligences, à l’exaltation d’une épouvantable erreur.
Et nous sentirons tous, à ce moment précis, que nous ne nous rendrons dignes des sages exhortations du grand Être que fut le Bouddha, qu’en dénonçant explicitement les aberrations lamentables de ces deux occultistes, afin d’arracher le plus d’âmes possible à leur influence pernicieuse. Tendus vers ce but et fidèles à ce devoir, nous poursuivrons calmement et fermement l’examen des faits.
Fort heureusement les affirmations de Mme Besant et de M. Leadbeater ont atteint tout récemment un tel degré d’extravagance qu’elles jettent au bon sens le suprême défi, un défi que relèveront même les intelligences les moins ombrageuses et les cœurs les plus complaisants.
(Les affirmations de Besant et Leadbeater atteignaient des sommets de
fantaisie, mais malheureusement les membres de la Société Théosophique d'Adyar ont tout cru.)
Vies antériures
Un livre vient de paraître : Man, Where-How-Whither (L'Homme : D'où, Comment, et Où va-t-il) écrit en collaboration par Mme Besant et M. Leadbeater.
La substitution d’un faux Jésus au Christ des Evangiles s’étaye à présent de documents nouveaux. Au cours de leurs investigations, ces occultistes explorent, d’une part, les incarnations passées de celui que Mme Besant nomme « le Maître Jésus », c’est-à-dire du Jésus né 105 ans avant Jésus-Christ ; d’autre part, les vies antérieures de l’être qu’elle nomme le « Seigneur Maitreya, le Bodhisattva actuel, l’Instructeur suprême du monde », dont l’Ego aurait, à un moment donné, remplacé celui de Jésus, réalisant ainsi la dernière inoarnation du « Christ » dont elle annonce aujourd’hui le retour.
Citons d’abord les incarnations de « l’Instructeur suprême », de celui qu'elle croît être « le Seigneur Maitreya ».
Dans le chapitre sur les « Débuts de la Chaîne lunaire », nous lisons :
« Il y a là une hutte où vit un homme de la lune, sa femme et ses enfants ; nous les connaîtrons plus tard sous les noms du Maître M. et du Maître K. H., de Gautama qui devint le Bouddha, et du Seigneur Maitreya. Un nombre de singes (« Monkey-creatures » en anglais) vivent autour de la hutte, et offrent à ses propriétaires la dévotion de chiens fidèles ; parmi ces singes nous reconnaissons ceux qui seront plus tard M. Leadbeater, Mme Besant, J. Krishnamurti et Mizar {frère de ce dernier). Nous pouvons leur donner leurs noms futurs afin de mieux les reconnaître, quoiqu’ils ne soient pas encore humains. »
(p.34)
(Dans son récit, Mme Besant emploie pour tous ses personnages des noms d’emprunt, comme par exemple : Herakles pour elle-même, Sirius pour M. Leadbeater, etc. Un tableau spécial en tête du volume en renferme la clé. Nous avons introduit dans nos citations les équivalents portés à ce répertoire.)
Dans la quatrième race-racine, nous trouvons encore le personnage supposé être « Maitreya » comme époux de l’Ego que Mme Besant croit pouvoir identifier avec le « Maître K. H. ».
Mme Besant est de nouveau de la famille, comme leur fille, sœur aînée du « Maître M. ». « Maitreya », le futur Instructeur du monde dont on nous promet le retour, était alors chef de tribu (p. 113).
Nous le retrouvons (p. 252) comme fille d’Alcyone avec, comme sœur, « Jésus » lui-même.
Dans la sous-race Iranienne, il est à la tête de la religion de l’Etat (p. 298).
Il est Grand Prêtre dans les Indes méridionales, 18875 avant J.-C. (p. 328).
3'000 ans plus tard, en Egypte (p. 330), il est, dans la même qualité, le conseiller d’un Pharaon.
Nous arrivons ainsi aux environs de l’an 15'000 avant J.-C. et puis —est-ce croyable— on cesse de nous parler des incarnations ultérieures de celui qu’on prétend pourtant avoir été l’Instructeur du monde, au début de notre ère.
On explore sa vie d’époux, de père, de fonctionnaire et de prêtre, et l’on tourne le dos à la seule incarnation qui serait d’un intérêt vital, primordial pour l’univers tout entier.
Mais voyons si les incarnations du « Jésus » de Mme Besant comblent cette lacune, si elles éclaireront ce point essentiel resté obscur.
Nous le rencontrons pour la première fois, au commencement de la cinquième race-racine, comme fille d’Alcyone-Krishnamurti et sœur de « Maitreya » (p. 252).
Puis comme épouse, en secondes noces, de Jules César, 18875 avant J.-C. (p. 328). Il (ou plutôt elle) était veuve à ce moment-là de Vulcain (connu sous le nom de Sir Thomas More dans sa dernière incarnation). Mme Besant et Alcyone (p. 494) étaient alors ses frères.
Il figure ensuite au nombre des immigrants Aryens en Inde (p. 333).
Il est également identifié, paraît-il, comme fille d’Alcyone-Krishnamurti (son père) et de M. Fabrizio Ruspoli* (sa mère), parents également, à la même époque, du futur « Instructeur du monde, Maitreya » (alors leur jeune fille). Ceci se passait 72000 ans avant notre ère, au bord du lac de Gobi.
(* M. Ruspoli est un théosophe italien, résident actuel d’Adyar, chez qui M. Leadbeater a séjourné en Italie.)
Nous retrouvons Jésus en 15'910 avant J.-C., comme petit-fils de « Maitreya », et comme père et grand-père d’une nombreuse famille où figurent, comme dans tous les autres cas examinés, des membres actuels de la Société Théosophique seulement ; on n’y trouve cependant que les fidèles amis d’Adyar, à l’exclusion de tous les autres. Dans cette famille, en y ajoutant les gendres et les brus, ces membres sont au nombre de 33 (p. 496).
En l'an 12'800 avant notre ère, le « Jésus » de Mme Besant fait encore partie d’une famille infiniment nombreuse, toujours composée de façon identique et qui renferme, parmi les noms connus dans le monde théosophique, Mme Marie-Louise Kirby (théosophe italienne, résidente d’Adyar), qui fut sa sœur. Jésus fut alors père de Miss S. Maud Sharpe (l’ancien Secrétaire général de la Section anglaise), de Jules César et de T. Subba Raw ; le Teshu Lama était alors sa fille... etc., etc. (p. 499).
Enfin, 13'500 avant J.-C., ce Jésus est l’épouse d’un empereur de l’Inde méridionale.
Mais, encore une fois, nous allons être déçus. Car le silence le plus complet règne sur les incarnations de Jésus ultérieures à ces époques, comme il régnait sur celles de « l’Instructeur du monde ». Aucun détail ne nous est donné sur la vie de Jésus au moment du changement de notre ère.
Il est d’ailleurs remarquable qu’en dehors de ceux-ci aucun personnage, dans notre vaste Univers, n’ait jamais pénétré dans ces communautés familiales auxquelles on attribue le rôle de pionniers dans toutes les civilisations passées. Et pourtant on nous fait assister à des mariages qui se chiffrent par milliers..., mais toujours les mêmes noms reviennent, et pourtant, tous les membres de toutes les familles sont identifiés.
(Ces
réincarnations passées, prétendument découvertes par clairvoyance,
n'étaient en réalité que de purs mensonges imaginés par Leadbeater.)
Cette singulière oligarchie des amis et fidèles d’Adyar à travers l’évolution de notre terre méritait peut-être d’être signalée, d’autant plus que M. Leadbeater, en parlant, dans son coup d’œil sur le XXVIIIe siècle, des pionniers de la sixième race future, remarque malicieusement :
« Nous savons qui n’en sera pas. »
(p.342)
Il met en italiques le mot pas, préoccupé, sans doute, de dénoncer l’indignité foncière des autres théosophes...
A l'heure qu’il est, il faut le dire, ces renseignements n’apparaîtront plus indispensables à personne. Maintenant que nous savons que « l’Instructeur du Monde » de Mme Besant est un homme ordinaire de la Chaîne lunaire, dont Mme Besant fut d’abord l’animal domestique* et ensuite la sœur, et qui, dans le passé de notre terre, fut tantôt fille du jeune Krishnamurti ou de Monsieur Ruspoli, qui imaginerait encore qu’il puisse s’agir ici, autrement qu’en une plaisanterie impie ou démente, du Christ Vrai, dont l¿Evangile de Saint-Jean proclame, ainsi qu’il suit, la nature divine et la stature cosmique :
(L’enseignement du Dr. Steiner n’attribue pas au singe le rang d’un ancêtre humain. Les animaux sont, pour lui, des formes humaines dégénérées. Celles qui ressembleraient tant soit peu aux animaux actuels ne remonteraient guère plus loin que les périodes centrales de l’Atlantide.)
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu; et le Verbe était Dieu, Il était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui; et rien de ce qui est n'a été fait sans lui. . . . Et le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire du Fils unique du Père, pleine de grâce et de vérité. »
Je voudrais m’excuser d’avoir osé citer ici ces paroles sacrées, d’avoir osé les proférer en une meme haleine avec ces formidables extravagances.
Courbons la tête un instant, en un respectueux recueillement. Et nous n’aurons plus qu’une sereine et inaltérable pitié pour ceux qui oseraient persister à mesurer leur Jésus, cet homme lunaire qui fut le frère, la sœur et le mari des uns et des autres dans ses précédentes incarnations, au Verbe Créateur fait chair, au Verbe qui était Dieu et par qui toutes choses ont été faites, et qui était Au Commencement.
S’ils continuent encore à dire que ce Jésus-là est le vrai Christ, c’est que leur raison aura sombré, car on ne pourra jamais admettre une pareille profanation du Divin, consciente et délibérée, de la part d’occultistes qu’on suppose croire sincèrement à l’existence d’un principe divin dans l’Univers. Et c’est avec une sombre ironie que leurs proclamations orgueilleuses vont maintenant se retourner contre eux-mêmes, lorsqu’ils oseront dire (p. 459) dans leurs « Visions du XXVIIIe siècle » :
« Il reste encore un petit nombre d’hommes représentant la forme la plus ancienne du Christianisme ; ceux qui, au nom du Christ, refusèrent de le recevoir lorsqu'il revint sous une forme nouvelle, La majorité considère ces gens comme désespérément rétrogrades. »
En vérité, on n’est pas plus cruel... envers soi-même. Car, d’un seul coup, Mme Besant et M. Leadbeater réussissent ainsi à discréditer le résultat de toutes leurs recherches auprès de ceux qui auront, à l’aide des citations réunies ici, percé cette grotesque mise en scène du retour d’un faux Christ.
Tels sont les trois aspects du faux Christ de Madame Besant et de M. Leadbeater. Espérons qu’ils ne commettront plus, dorénavant, l’erreur, l'inconséquence, le sacrilège enfin de revêtir leur Jésus de l’auréole divine qui resplendit, dans l'âme occidentale, autour de la figure du Christ historique.
Ce qu'Annie Besant aurait dû dire en réalité
C’est une mystification atroce d’égarer ainsi les âmes aimant le Christ. Et le regard résolument fixé sur les responsabilités karmiques encourues par Mme Besant, je prononcerai ici, en une pensée d’indissoluble fraternité humaine, les paroles qu’elle devrait prononcer elle-même :
« A propos du retour du Christ, devrait-elle dire, je vous prie de distinguer nettement entre te Christ des Evangiles et la personnalité que je vise. Tout ce qu’ils ont en commun, c’est le prénom de Jésus.
Le mot « Christ », dans mes discours, ne se rapporte pas à l’individualité réelle ayant vécu dans le passé, et dont parlent les Evangiles. Ce nom, pour moi, n’indique qu’un caractère, un emploi, celui d’instructeur du Monde. N’ai-je pas dit, dans nia conf érence sur les aspects du Christ ;
« ...Qu’importent les noms... Appelez-le le Christ ou le Bouddha, ou du nom que vous voulez....., le Christ répond à tous les noms. »
Or il me plaît d’accorder ce titre à une personnalité absolument étrangère aux événements historiques de la Judée. Puisque ce nom, dont je me sers, est susceptible de provoquer une équivoque, il est nécessaire de bien souligner que le Jésus dont je vous annonce le retour ne doit à aucun degré être confondu avec votre Christ.
Votre foi en sa Divinité, en son rôle capital dans l’Evolution humaine, résulte de votre foi dans le récit de sa vie et surtout de sa mort, rapportées par ses disciples, les apôtres de sa religion.
Or, autant que je sache, ces apôtres n’ont jamais existé et le récit de sa vie et de la leur est de pure imagination. Si vous voulez croire au retour du Christ dont je vous entretiens, il suffira que vous admettiez l’existence d’un être nommé Jésus ayant vécu un siècle environ avant l’époque où l’on place les soi-disant événements de Palestine, qui n’ont jamais eu lieu.
De ce Jésus dont j’annonce le retour je ne sais rien. Le Talmud en dit à peine quelques mots en passant, et je n’ai pas encore entrepris les recherches occultes permettant de reconstituer sa dernière incarnation d’instructeur.
Je puis, par contre, vous renseigner sur son passé plus lointain; il fut mon frère lorsqu’il était chef de tribu, d’autres fois il vécut comme fils d’Alcyone et de M. Ruspoli. Vous trouverez ses vies passées constamment associées à celles des plus fervents amis d’Adyar.
D’ailleurs, si vous restez fidèles à vos Ecritures saintes dont je repousse, quant à moi, l’authenticité, elles vous garantiront contre ceux qui tenteraient d’établir une confusion entre le prophète que je vous annonce et le Christ des Evangiles.
Celui-ci ne dit-il pas explicitement, en s’adressant au Père: Je vous ai glorifié sur la terre ; l'aî achevé l'œuvre que vous mouviez chargé de faire. (St-Jean, XVII, 4).
Il ne semblerait donc pas qu’il dût se réincarner pour parfaire l’œuvre dont il affirme qu’elle est achevée sur terre. Bien au contraire, vos Ecritures annoncent son retour « sur les nuées » (Actes des Apôtres, I, 9 à 11; Apocalypse, I, 7; Saint-Mathieu, XXIV, 30).
Les nuées consistent en une substance pénétrable à toute autre substance, elles possèdent des formes en constante transformation. ce sont là les deux attributs permanents des mondes subtils, ainsi que je vous l’ai enseigné.
Vous aurez ainsi compris que votre Christ, selon vos Ecritures, a parfait son œuvre sur terre, et qu’il apparaîtra à présent sur d’autres plans de l’Etre, comme le prétend le Dr. Steiner, dont les recherches occultes confirment, paraît-il, le sens littéral et le sens profond de chaque mot de ces Evangiles fantaisistes. »
Seulement, si Mme Besant tenait ce langage, il est à craindre qu’on ne lui réponde ceci :
« Si nous vous avons bien compris, l’essor du Christianisme, la civilisation occidentale qu’il a enfantée, riche en génies dans tous les domaines — pensée, arts, littérature, technique — tout cela serait construit sur le néant, sur quelques centaines de pages d’une prose de hasard due à des rédacteurs obscurs et médiocres ?
C’est ce qui semble logiquement résulter de vos communications. Puisque vous accueillez cette idée, nous ne pourrons être surpris que vous prétendiez rattacher un âge nouveau, une nouvelle civilisation, à un être obscur et inconnu, stérile dans le passé, n’ayant de commun avec le Christ vrai que le prénom de Jésus.
Mais souffrez que nous ne partagions pas votre avis. Le respect des générations qui nous ont précédés, autant que notre bon sens, nous défendent de croire à la vertu génératrice d’une compilation de textes fantaisistes.
Pour produire l’épanouissement de Vie spirituelle qui a caractérisé les siècles écoulés, il a fallu une force réelle, une énergie positive et d’essence divine: le Christ même dont vous niez la vie et la réalité. Votre Jésus insaisissable dans le passé comme Instructeur du Monde, apparaissant seulement comme votre sœur ou le fils ou le frère de vos amis, ne nous inspire aucune confiance. Nous refusons de vous suivre. D’ailleurs, nous avons été prémunis par la parole du Christ lui-même contre le danger que vous représentez :
« Car il s’élèvera de faux Christs et de faux prophètes; ils feront de grands signes et des prodiges, jusqu’à séduire, s’il était possible, même les élus. Voilà que je vous l’ai prédit. » (Saint-Mathieu, XXIV, 24).
Vous voyez, madame, vous aurez beau nous vanter la prétendue descente du Saint-Esprit lors d’une distribution de diplômes par le jeune Krishnamurti, nous sommes entièrement fixés sur son compte. Notre bon sens et nos documents religieux nous protègent tour à tour contre vos erreurs et contre vos séductions. »
Si Mme Besant avait tenté d’éviter la confusion au lieu de 'la susciter et de l’entretenir, on voit qu’il ne serait plus guère intéressant de savoir si le Jésus dont elle annonce le retour s’incarnera ou non dans le corps du jeune Krishnamurti: ce serait là un fait divers insignifiant, elle ne pourrait pas « parader avec ce jeune homme sous les yeux de l’Univers entier comme avec le Christ futur », ainsi qu’à un certain moment écrivait le Dr. Hübbe-Schleiden, président de l’Ordre de l’Etoile d’Orient en Allemagne (Mitteilungen, mars 1913, page 6).
(Madame Annie Besant et la Crise de la Société Théosophique, pp. 78-113)
OBSERVATIONS
Charles
Leadbeater et Annie Besant étaient très malhonnêtes, nous devons donc
être très prudents face à ce qu'ils ont enseigné et affirmé.
Mais
M. Eugène Lévy s'est confundu car Leadbeater et Besant n'ont pas dit que
Krishnamurti était le retour de Jésus, mais que Krishnamurti allait être
le nouveau véhicule du Christ, tout comme Jésus l'avait été il y a deux
mille ans.
Mais
le Christ de Leadbeater et Besant n'est pas la Conscience Divine à
laquelle font référence les instructeurs théosophiques originaux, mais
un personnage fictif inventé par Leadbeater pour tromper les gens.
Dans
son ignorance et son charlatanisme, Leadbeater a concocté un tissu de
mensonges, prétendant que le Seigneur Christ est aussi Maitreya, qu'il
est blond, qu'il a un corps slave, qu'il vit dans l'Himalaya, qu'il est
le maître des humains et des anges, qu'il est le Grand Maître de tous les maîtres
et le créateur de toutes les religions. (Mais tout cela est faux.)
Et il convient aussi de noter qu'Eugène Lévy fait éloge de Rudolf Steiner, mais ce dernier était lui aussi un charlatan.